gruyeresuisse

01/03/2018

Eve Beaurepaire : panique à bord

Beaurepaire.jpgEve Beaurepaire ne cherche pas à donner à l’art des habits éblouissants. Ceux-là ne sont fait que pour des cérémonies funestes qui sentent le sapin ou le caveau. La discipline de l’artiste est plus radicale et vivifiante. Elle tient de la prédation des images admises et des idées reçues au service d’un certain ordre que la plasticienne refuse.

Beaurepaire 2.jpgL’art devient donc échancrure mais il ne faut surtout pas mépriser une telle façon de l’envisager et de le dévisager. Exit les parures. Il s'agit de tout montrer et surtout ce qui semble un rien afin que de l'image jaillisse une force ou un souffle. Le trajet visuel trouve une voie aussi radicale que poétique. Preuve que le degré de dignité de l'art n'est pas toujours où certains magister l'ont placé. En croyant proposer des éruptions volcaniques ils laissent un champ couvert de cendres.

Beaurepaire 3.jpgLa créatrice ne s’emplit pas les mains de cire mais ne méprise aucune manière d’envisager l’art. Elle avance sans clôture ni balise, ose raccourcir, allonger, explorer les marges, bref corriger les tirs qui font raisonner des bravos futiles. Dans Kraken elle préfère ouvrir les marges et ignorer les colonnades. La vie redouble en une telle activité. Celle-ci n’a rien d’obséquieuse : elle contraint à un autre regard et une autre emprise pour laisser resplendir l’inconnu par un travail volontairement déceptif mais actif. La vieille dépendance d’esclaves des images fait place à ce qui pour certains tient d’un manque panique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Eve Beaurepaire et Benoît Aubard, "Kraken", Shuttle 19, du 10 au 23 mars 2018.

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