gruyeresuisse

22/02/2018

Du dévoilement à l’hypnose – Mona Kuhn

Kunh 2.jpgMona Kuhn, dans série "Bushes and Succulents", alterne des photos de coraux et de femmes nues. L'objectif : souligner la perfection des lignes et créer au-delà de l'apparence "réaliste" de véritables visions du merveilleux. La photographe reprend la problématique r Georgia O'Keefe et ses peintures florales. Sa série devient une célébration particulière du féminin en le poussant sinon vers l'abstraction du moins la métaphore.

Kunh 3.jpgLes nus proprement dits, dans leurs traitements techniques métalliques, rappellent les expérimentations d'un Man Ray et représente selon l'artiste une réponse à certains courants féministes. Il en va de même avec les coraux. Ils offrent à l'intimité un biais astucieux à ce que la chair ne pourrait suggérer. Le saut dans l'éros prend par voie de conséquence une dimension poétique. La vulve y apparaît loin de la chair. Mais cette distance n'a rien d'un mouvement de recul et d'anachorèse. Elle fait le jeu de la proximité. Le sexe y devient un corps imagé et invaginé par illusion d'optique..

Kunh 1.jpgLe sexe féminin vu de près n'est donc jamais offert tel quel mais "re-présenté" afin de dépasser les limites libidinales ou les désynchroniser de leur objet. Le corail porte donc secours au féminin afin que le plaisir visuel se détache du désir. Se produit une "déformation" insoluble au fantasme. Elle permet une émotion plus sophistiquée. Et la femme acquiert une autre beauté : celle d'un mystère hypnotique. Sa nudité devient princeps : elle est moins sexuelle que génésique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stesuko Nagasawa : émotion et brutalisme

Nagasawa bon.jpgStesuko Nagasawa, « céramique et papier », Galerie Marianne Brand, Carouge, du 3 au 24 mars 2018.

Les dessins et céramiques de Stesuko Nagasawaka tiennent le regardeur sous leur emprise par une force première à la fois tellurique et ailée. Le géométrisme minimalisme est trompeur. il crée une architecture de l’émotion la plus profonde. Chaque « objet » dépouillé de tout aspect décoratif ou ostentatoire devient un écrin à hantise. Il remplit sa fonction de lieu et présence poétiques par la « sur-vivance » qui émerge de la matière. Entre latence et puissance, une véritable présence physique tient par ce qui est moins un négatif des formes que leur condition première. Elle est façonnée par le ciel nocturne des mains de l’artiste : l’horizontalité se transforme en verticalité et des rondeurs deviennent le ventre de la terre.

Nagaqawa 3.jpgStesuko Nagasawaka ramène la céramique à un point d’origine pour y fabriquer une nouvelle histoire des formes. La sculpture se perçoit non seulement par ses contours mais par une qualité physique dont la tridimensionnalité se rapproche de la perfection de l’épure. Cette simplicité possède une portée infinie et d’infini. L’artiste qui enseigne la céramique à l’HEEA et qui se bat pour qu’un tel enseignement perdure trouve dans sa double éducation, japonaise et européenne, un moyen de relier l’art traditionnel aux expérimentations les plus contemporaines.

Nagasawa.jpgSurgit dès lors de la terre modelée une sculpture qui refuse de séduire par l’anecdote visuelle pour mieux signifier. Mais une fascination opère. Stesuko Nagasawa crée des pièces qui se gravent dans l’esprit. Il trouve en elles un secret et un mystère là où réside la seule condition indispensable pour que s’éprouve une vérité première. Elle illustre combien la céramique demeure un porte empreinte premier. Elle est aussi le médium essentiel qui recèle autant d’âme que de «corps ».

Jean-Paul Gavard-Perret

21/02/2018

Quand Nan Goldin dévore les yeux des voyeurs

Goldin 3.jpgL’œuvre de Nan Goldin est une sorte de journal intimiste et libre où les femmes sont montrées sans fard dans leur quotidien parfois très rude (euphémisme) parfois bien plus relâchée. L’ensemble est aussi critique, caustique que sourdement nostalgique. S’y retrouve le coup l’œil spontané et incisif de la photographe.

Détachées du discours féministe pur et dur les œuvres se rapprochent parfois d’une forme particulière de fantastique quotidien voire d’un certain grotesque volontaire et programmé. Les failles du monde occidental sont mises en évidences. La femme n’est plus montrée comme sujet à fantasmes ou sinon de manière ironisée.

goldin 2.jpgL’artiste se plaît à plagier les codes qui font de la femme l’objet des hommes et de leurs désirs prédateurs,
Ce qui tenait au départ chez Nan Goldin à une guerre des sexes prend au fil du temps plus de flexibilité et de subtilité. La sidération change d’objectif. Mais la stratégie des narrations demeure toujours la même : elle éloigne de tout artifice (ou à l’inverse les grossit démesurément) et fait émerger un ailleurs du quotidien qui n’est en rien une promesse de Paradis terrestre du même tel que les mâles le « cultivent » en leur jardinage secret.

La femme n’est plus seulement une image, la photographie non plus. Le corps présenté n’est plus celui qu’un voyeur peut pénétrer. Au mieux il rebondit dessus. Bref l'activité mimétique de la photographie capote pour un autre plaisir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Art Bärtschi & Cie, Genève, à partir du 22 mars 2018.