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24/01/2018

Leah Schrager : l’ « extime » de l’intime

Schrager.jpgReine de Tumblr et d’Instagram, star de la webcam, Leah Schrager se revendique comme artiste et modèle d’une réalité revisitée par la modification qu’elle opère sur l’exhibitionniste ambiant. Dans l’exposition intitulée « Women artists 2.0 », elle renverse et questionne les stéréotypes de l’éros avec son point de vue sur la sexualité et l’identité féminine à l’heure du numérique.

Schrager 2.jpgAvec humour, drôlerie et fausse ostentation, Leah Schrager se joue du regard masculin : la séduction du corps féminin est caviardée selon divers processus de découpes et de recouvrements: la feinte d’exhibition ouvre à un autre regard. L’artiste reprend numériquement et plastiquement des images d’elle-même diffusées en ligne. Le selfie s’y transfigure de manière ludique et s’oppose à l’attente des hommes qu’ils soient producteurs ou consommateurs d’images.

Schrager 3.jpgC’est une manière de reconsidérer l’intime qui, selon Saint Augustin, est si consubstantiel à soi qu’il n’est connu que par Dieu et donc inaccessible. La créatrice s’en empare et devient déesse à la place de ce dieu (construction masculine). La pratique de soi appartient soudain non au confessionnal d’une femme qui aurait (depuis Eve la première d’entre elles) une faute à expier. L’artiste n’est ni soumise ni offerte au désir masculin. Sa chambre intime prend ainsi une autre figure. Elle ne répond plus(ou mal) à l’attente masculine.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leah Schrager, « Virtual Normality : Women Net Artists 2.0 », Museum der bildenden Künste, Leipzig, du 12 janvier au 8 avril 2018

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