gruyeresuisse

23/01/2018

Des noirs desseins aux dessins noirs : Martial Leiter

Leiter bon.jpgMartial Leiter, « Vertiges »,  (exposition et catalogue), Espace Nicolas Schilling et Galerie, Neuchatel, 27 janvier au 23 mars 2018.

 

Né en 1952 dans le canton de Neuchâtel Martial Leiter est touché - pour ce qui va devenir son art (le dessin) - par le journal Pilote et les reproductions d’art du Grand Larousse. Il est attiré par les gravures de Picasso et Chagall pour leur «côté sombre et charbonneux». Ses premières œuvres vont s’en ressentir : « sa » Joconde ne sourit plus du tout. Derrière masque à gaz; elle est perdue en un fouillis de traits noirs. Tout en suivant un cours de dessin par correspondance, le jeune homme fait donc une formation de dessinateur de machines. Mais il se consacre peu à peu à son œuvre. Elle évolue progressivement mais le chaos n’est jamais loin. Le dessin demeure sombre et ténébreux.

Leiter 3.jpgDans sa jeunesse ses dessins publiés dans des journaux suisses ne sont pas toujours du goût (euphémisme) des politiques et des rédacteurs en chef. Comme par exemple lorsqu’il transforme les militaires helvétiques sous forme d’une foule de mouches saluant la tapette à mouche. En France il est mieux reçu et il tient longtemps une tribune hebdomadaire dans Le Monde sur l’actualité économique traitée en un mode comique sans concession moins loin de la simple caricature. Les dessins en noir sont deviennent l'écho de desseins noirs. 

Leiter 2.jpgLe monde Selon Leiter devient une trame de treillis, filets, toiles d’araignée qui mettent le monde sous cage. A côté des dessins de presse, l’artiste développe un autre versant qui va prendre presque toute la place. Le souffle de la nature vient délivrer le monde glauque dans un art proche de la peinture chinoise. Mais ces deux pans ne sont pas forcément antagonistes. La relation est subtile : l’artiste voue un culte aux ombres et fantômes qui hantent les lieux, les rendent vivants et impriment «la grande peur de la montagne » chère à Ramuz. L’Eiger est souvent présent dans cette œuvre des plus originales. On est aussi éloigné des petits « miquets » que des « beaux-arts ». L’œuvre à sa manière devient de la poésie pure par son étanchéité aux genres et écoles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Commentaires

La deuxième image est pour moi excellente, c'est bien la grande peur dans la montagne, l'esprit suggestif du rocher, le corps d'un ogre - ou sa demeure.

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/01/2018

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