gruyeresuisse

10/01/2018

Arvida Byström : fées florettes et réseaux sociaux

Avida.jpgAddict aux selfies depuis sa préadolescence Arvida Byström trouva dans l’Internet « une fenêtre ouverte sur la chambre étroite de la dépression adolescente (…) Je pouvais être en ligne et rencontrer des gens même si je me sentais comme une merde». Un peu plus tard sur « tumblr » elle découvre les sous cultures du web, ce qui lui permet de développer une œuvre kitsch, féminine, féministe engagée et drôle. Ce qu'apparemment beaucoup de ses détracteurs ne perçoivent pas.

Avida 2.jpgCréatrice de l'esthétique " body positive" Arvida Byström assume ce qui ne saurait se voir ( les poils, la liberté sexuelle, les règles, le sang, les boutons, bourrelets, cellulite, bref la sensualité telle qu'elle est au naturel) afin de casser les stéréotypes de la féminité sur papier glacé et en espace mental aseptisé. Repérée très jeune par la revue « Vice » dans « There Will Be Blood » elle photographie des femmes avec le sang de leurs règles. Modèle depuis ses 13 ans en Suède elle refuse de se raser (pour une pub Adidas) et est rejetée eu égard à une taille trop large… Elle quitte son pays pour Londres, rejoint l’« Anti Agency » qui refuse de se plier aux lois traditionnelles du mannequinat avant de rejoindre Los Angeles.

Avida 3.JPGAstucieuse et piégeuse l'artiste joue néanmoins de poses lascives au rose bonbon affriolant. Mais, en résistante, elle a publié, il y a un an, le livre « Pics or it didn’t happen » avec Molly Soda où elle rassemble 250 photos censurées pour non-respect des « lois » sur la nudité par FaceBook et Instagram. Leurs logiciels contrôlent des images et les arrachent à celles et ceux à qui elles appartiennent. En 2015, par exemple, fut censurée une photo de l’artiste tirée de sa performance « Selfie Stick Aerobic » où la forme de sa vulve s’esquissait à travers son survêtement…Preuve que les réseaux sociaux - moins prescripteurs que censeurs - décident tout bonnement de l’état de l'art. Mais Arvida Byström continue son combat afin d’interroger les possibilités de transgressions en un contexte face auquel il convient d’inventer des manières de tordre le cou aux normes dominantes de la féminité. Le tout avec l’impertinence de l'éphémère et la permanence du mystère. Au -delà du cercle des vipères, la jeune artiste opte pour celui des aveux contrariés, et au-delà du cercle des normes abusives pour celui d’un imaginaire non frelaté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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