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26/12/2017

Carole Carcillo Mesrobian : assomption par les gouffres

Carcillo 3.pngCarole Carcillo Mesrobian ne cherche pas à plonger dans l’inconnu pour y trouver du nouveau. Ni l’inverse. Elle a bien mieux à faire. Retournant sans le dire vers les plaies premières elle devient la primitive d’un futur qui semble se fermer. Preuve que l’écriture ne sauve pas celle ou celui qui la pratique. C’est une maladie. De l’amour, de l’existence. Et ceux qui en guérissent ne sont que des écrivains ratés.

 

 

Carcillo 2.pngNéanmoins plonger au fond des gouffres ne revient pas à y sombrer. Car sur les trottoirs de l’écriture les créateurs créent un charme. Le lecteur devient lesbien : en grec le verbe « lesbiarein » veut dire lécher. Et au cœur des grands textes il s’agir de caresser des blessures là où l’auteur se met au service de celles et ceux que, confusément, il séduit. Carole Carcillo est de ceux-là.

Carcillo.jpgElle éprouve un manque et une fragilité nés de défections premières, de chocs douloureux qui l’ont obsédée et qui l’ont rendue insaisissable à elle-même mais tout autant poreuse, hypersensible. Tout contact et expérience humaine semble chargés de douleur. Mais l’attirance pour le chaos devient une rencontre avec soi-même et qui se partage. Avec en sous-couche, un besoin de liberté par un lien vital, brûlant, créateur et intellectuel.

L’auteure ne cherche pas la paix par l’écriture. Elle y décrypte les soubassements d’un mal-être et d’un manque de confiance. Renonçant à trouver dans l’écriture une cure, elle ose inconsciemment la séduction. L’écriture en plongeant dans les gouffres ranime le désir qui croupissait sous une épaisse couche de cendres. S’y font entendre les bruits sourds d’un volcan tellurique et aérien entre aventure et passion là où le conflit de chaque être devient présence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carole Carcillo : « A contre murailles », Editions du Littéraire, « Foulées désultoires », Editions du Cygne.

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