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22/12/2017

Alain Lévêque et les franchissements d’Anne-Marie Jaccottet

Lévêque.pngAlain Lévêque, « L’accueillante », Coéditions Le Bruit du Temps / La Dogana, Paris et Genève, 2017, non paginé, 22 E.

 

Alain Lévêque a tout compris du travail d’Anne-Marie Jaccottet. Formée à Lausanne, épouse du poète Philippe Jacottet, elle maîtrise la force de ses dessins et de ses aquarelles : « Même coupées les fleurs y palpitent de couleur » écrit Lévêque. Dans la rapidité propre à la technique de l’aquarelle, par le jeu des transparences de couches diluées par juxtaposition et superposition et dans l’impossibilité de tout « repentir » ses œuvres créent une impression de fraîcheur et de spontanéité.

Lévêque2.jpgL’effet aboutit à ouvrir le regard jusqu’au fond d’un réel que par la puissance discrète de leurs contours les dessins de l’artiste précisent. Tout devient préhensible. Et ce jusqu’à ce qui voulait se cacher. Les traits ne le cernent pas, ils enveloppent en ce qui tient d’un précis de dissolution afin que l’invisible apparaisse.

Existent un débordement et une évaporation. L’aquarelle échappe à la ligne même si elle peut l’induire. Le dessin quant à lui disperse la pesanteur. Tout reste de l’ordre du diaphane si bien que le non représenté l’emporte sur la représentation. Reste un état de vaporisation, de brume de sens messagère d’une clarté font chaque œuvre devient non la résultante mais l’avant-garde « brouilleuse » des apparences.

Lévêque3.jpgUne nappe ravale l’immobile sous une instance de consumation. Elle laisse apparaître une forme de liberté du désir, cible embryonnaire d’une velléité du signe. Au faste de la représentation fait place une capacité de vibration, d’écho qui atteint le silence au fond de l’amenuisement de la matière. Lévêque, en poète, accompagne de ses mots une telle sublimation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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