gruyeresuisse

14/12/2017

Jennifer Avery et les dollyquescentes


Vinegar.JPGJennifer « Vinegar » Avery  aime jouer à la poupée. Mais éloignez les enfants ! Car il existe chez l’artiste un art particulier qui ignore le « dollyprane ». L’artiste crée, installe, scénarise, orchestre un monde. Il devient chamarré, hirsute, drôle, premier, exubérant. Et parfois inquiétant. C’est néanmoins une fête pour les yeux. Une liturgie drolatique, angoissante, chamanique et sauvage.

Vinegar 2.JPGIl s’agit de transformer le réel par la présence d’un imaginaire en des cérémonies d’un certain chaos. L’artiste répond à la fameuse phrase de Deleuze dans « Psychanalyse morte analysez » (paraphrase de la phrase de Beckett « imagination morte imaginez ») : mais ici l’outil de l’analyse n’est pas le texte mais le textile. C’est lui qui produit « l’inconscient là où Avery est autant Tex que Jennifer.

Vinegar bon 2.jpegA travers des « intersexions » et des jeux de bande, le monde devient un rébus coloré ou noir et blanc mais délirant.. Il permet de comprendre l’importance des sous-jacences ou arrière-fonds archaïques. Jennifer Avery transforme ses modèles en archétypes. Chaque poupée possède sa part d’humanité qui le retient au sexe, à la mort, à la vie.. Et celle qui les « performe » fait jaillir une vérité d’incorporation sublimée. Le dérisoire et le jeu deviennent essentiels, l’artiste accorde leur signifiance. L’art établit un transfert et un rituel, il permet le passage de l’interne par l’externe, par une sorte de renversement des frontières visuelles là où les oripeaux baroques deviennent une seconde chair, celle de la singularité d’une nature non altérée et première.


Jean-Paul Gavard-Perret

Jennifer Avery,

-« Les Mains sans sommeil », Palais de Tokyo, Paris.
- Série « Dolls », http://www.jenniferlavery.com/

 

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