gruyeresuisse

01/12/2017

Abdul Katanani, Barbara Polla & all : de fer et d’os

Katanami 3.jpgBarbara Polla & all., « Hard Core », Editions Analix Forever, Genève, 2017.


Fidèle à une stratégie éditoriale qui lui est chère, Barbara Polla pour défendre et illustrer l’œuvre de l’artiste palestinien réfugié au Liban Abdul Katanani choisit une approche hybride : aux œuvres du créateur succèdent son interview et trois essais critiques de Christophe Donner, Paul Ardenne et (surtout) celui de la régisseuse d’un tel corpus. Elle prouve comment l’artiste reprend des données plastiques et politiques pour créer une beauté agissante grâce à une matière non noble (fils barbelés ou plaques découpées de fer) et lourde de sens afin de créer une médiation poétique.

Katanami 2.jpgReprenant à sa main le « Combien coute le fer ? » de Brecht, l’auteur passe de la représentation théâtrale à l’exposition. Tout passe par cette matière première dont l’éclat lumineux, les agencements et les prises font de chaque œuvre une light box propre à générer diverses zones d’émotions et de mémoires. La sublimation de la clarté travaille dans un dispositif interstitiel. Non « du» passage mais de son impossibilité au sein de conjonctions de trames en brisant les tabous du beau académique par une approche qui ignore voyeurisme ou provocation basique.

Katanami.jpgCe travail expressionniste secoue. Il présente - au-delà de sa contextualisation - un caractère plus général. De paradoxaux effets de réel sont inoculés dans le corps perceptif du spectateur au moment où les figurations éliminant la présence humaine crée une « disapparition » propre à la réflexion par rebond sur les marges de l’enferment. Barbara Polla explique comment se fouille les arcanes des cages de l’Histoire là où Katanani témoigne pour espérer la survivance de l’humanité. L’œuvre avance dans la noirceur en cherchant le soleil et la chaleur afin de récuser les tueurs qui fomentent l’impensable. Par ses charpentes de fer le créateur bâtit un futur. Mais ce futur est toujours pour plus tard car sur les barbelés le sang s’est étoilé et il s’étoile encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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