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05/11/2017

Bérénice Constans : voir ou le libre penser

Constans.jpgl'Bérénice Constans apprend aux prétendus philosophes la réalité de la pensée. Tout ce qui se pense se crée par ce qui est vu. Le « Esse percipi » (être c’est percevoir) de Spinoza l'annonça en pure perte. Car encore faut-il être capable d’incorporer la vie par ce qui est vu « tel un nouveau né ou un animal capable de saisir ce qui « est » et plus ce qui semble être. » comme l’écrit Louis-Combet dans la préface du livre.

Ce dernier comme Bérénice Constans sait que l’image juste n’est pas juste une image. Elle est la pensée qui ne s’invente qu’à l’endroit de l’entrecroisement immanent de la rétine et du cerveau via les synapses du jeu neuronal. La machinerie cérébrale s’agrège au réel en établissant les liaisons entre nos sens dont la chambre mentale n’est qu’une zone douteuse d’enregistrement.

Constans 3.jpgApprendre à penser revient donc à apprendre voir : non seulement la peinture mais l’ensemble du monde. Bérénice Constans remonte à l’essentiel. Elle saisit l’aspect le plus charnel donc le plus moléculaire du monde. Phénoménale, la pensée est vision qui s’enchaîne selon une ininterrompue métamorphose qu’il s’agit de maîtriser.

Constans2.jpgL’esprit demeurant une surface infime sur l’abîme de l’inconscient, l’image seule est là pour arpenter la vie et s’y frayer un chemin. La peinture elle-même est une scène incessante où les interactions dialoguent en démultipliant des fables, sans jamais déserter son propre théâtre : celui dont nous perdons la vue en faisant confiance à la foi de la raison ou la raison de foi. Le recours à l’image reste donc la première urgence. C’est pourquoi les religions s’en méfient ou les transforment en supercheries. A tout philosophe salut.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bérénice Constans, « L’œil de tous les yeux », Préface de Claude Louis-Combet, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 96 pages, 2017.

 

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