gruyeresuisse

22/10/2017

Les illuminations xylographiques de Franz Gertsch

Gertsch 3.jpgFranz Gertsch, «Visages paysages», Musée Jenisch, Vevey, du 27 octobre 2017 au 4 février 2018.

En avance sur bien des artistes de son temps Franz Gertsch ose parfois des techniques archaïques comme un nouveau pari afin de créer des monochromes aux accents hyperréalistes revisités. Un nouveau choix en rien donnée pour acquis fut pour lui la gravure sur bois dite « en criblé ». L’artiste retranscrit un modèle éthéré de photographies sur planches de bois imprimé à la main sur papier du japon en fibres de mûriers et de lin du maître Heizoburo Iwano. L’artiste a réinventé cette technique qui le place au firmament des peintres graveurs.

Gertsch.jpgPar cette approche Gertsch cultive l’illusion revendiquée du photoréalisme en la transposant pour pousser plus loin les limites du réel que l'appareil photographique saisit et que la gravure subsume, densifie et uniformise en faisant du paysage un visage et du visage un paysage. Ces xylographies sont des icônes de l’art. Elles se retrouvent dans les grands musées du monde. L’artiste joue de la monochromie et du sombre comme parfois de la clarté. Il prouve qu’en dépit de l’âge il sait évoluer et ne vit jamais sur des « avantages » acquis. L’instance de la peinture crée un écart afin d’ouvrir la réalité sous-jacente pour la faire respirer et la soustraire à la simple apparence dans une esthétique bioluminescente. Elle fait du Bernois un seigneur des flots de la nature et de l’existence.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:55 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/10/2017

Anya Belyat Giunta : masses et éclats – les cristaux d’inconscient

Anya 2.jpgL'univers d’Anya Belyat Guinta ouvre un espace mental et physique particuliers. II crée une série de connexions, de rapports dans lequel à la fois l’image fait masse mais où la matière éclate en une série de « métaphores ». Le regard s'y éprend, réapprend à voir, se surprend à une contemplation paradoxale (jouant par exemple sur les renversements des notions de grand et de petit, de dehors et de denas en des formes charnelles et leur inversion figurale.

Anya 3.jpgL’artiste feint de passer d'un reflet à l'autre. Son oeil vise l'objet, son regard la chose dans une œuvre qui ne cesse d'inscrire une extra - territorialité au sein même de la chair. Anya Belyat Guinta subvertit les notions habituelles de beauté en jouant de l’envers et l’endroit, de la matière peinture et de la « viande ». La dimension d'un manque et d'un trop plein est donc au cœur de la postulation plastique comme si soudain la libido possédait non seulement des métamorphoses mais des trajectoires là où le réel et l'imaginaire ne forment plus de discrimination pertinente.

Anya.jpgL'artiste offre un voyage par la force de l'imaginaire qui vient en contre coup se réfléchir dans le réel. Tout se passe en une telle œuvre comme si imagination et réalité devenaient deux parties juxtaposables, superposables d'une même trajectoire ou encore deux faces qui ne cessent de s'échanger. Il y a donc un itinéraire nomade et un voyage en rêve. L'imaginaire devient une image virtuelle qui s'accorde à l'objet réel pour constituer ce que Deleuze nomma "un cristal d'inconscient". L’œuvre est faite de ce doublement ou plutôt ce dédoublement. Et c'est dans les cristaux de l'inconscient que se voient les trajectoires de la libido.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.anyabelyatgiunta.com

 

Gérard Berréby : l'inconsolé(e)

Berreby bon.jpgGérard Berréby , « Comme une Neptune » avec 6 photographies extraites de la série Nomad Shrine, 1996-2015 » de Marisa Cornejo, art&fiction editions, Lausanne,, 2017, parution début décembre.

 

 

 


Berreby bon 2.jpgGérard Berréby par un  subtil jeu de renvoi entre Méduse du moins ce qu’il en reste « Dans un habit aux multiples /couches », et celle dont il dresse un hommage particulier,  perd le lecteur en un sortilège surréaliste. Les œuvre de Marisa Cornejo le ramènent (partiellement) à la raison à l'aide d’extension de cheveux, trophée, T-shirt, etc. Demeure l’éloge de la princesse Marisa via un double du l’auteur : une autre femme plus ou moins inconsolée plaquée « à une falaise collante » de la maison vide de l’être. Econduite, dans son chant d’amour elle ose un « Je rêve que nous étions égaux ». Mais sans dire vraiment avec qui, ni pourquoi.

BERREBY Bon 3.jpgDans le tempo d’habile déca-danse le poème brasse plus large qu’il n’y paraît. L’aimante « Les seins en patience : Dans la salle d’attente » prend la parole, fait le bilan sachant que son véritable amour était fait pour quelqu’un d’autre. Mais à l’âge qu’elle atteint, désormais la messe semble dite : « Je crois que je ne cuisinerai plus/ Je voulais être utile /Je suis/Tu vis depuis quatre cents ans / Des personnages inachevés ». Elle s’en dit surprise. Mais le doute est permis. Car la femme, lucide, reste Méduse plus que Mélusine. Fidèle à l’esprit situationniste de Berréby, elle usine à plein temps dans l’intarissable équarrissage pour tous - et même pour les artistes. Pour eux aussi à l’impossible nul n’est tenu. Reste un amour quasi "lesbien". Dans les épluchures de l’art et du monde, « Scorpion dans la lumière / Je rêve de gravure dans un /hôtel /Les rêves de Marisa ». Là le dernier et frêle esquif en hommage à l’aimée.

Jean-Paul Gavard-Perret