gruyeresuisse

27/10/2017

Sport de classe - Maurice Renoma & Benoît Rajau

renoma 2.jpgLes images sportives font désormais partie de la réalité quotidienne du paysage visuel. Elles offrent une représentation culturelle très spécifique du corps humain dans la réalisation de ce qui est la plupart du temps inaccessible au commun des mortels. A l’inverse les photographies de Benoît Rajau et de Maurice Renoma transportent dans une « matelamatique » (Louis-Michel de Vaulchier) de prises où il ne s'agit plus de représenter simplement le gain mais la gestuelle d’une activité presque surannée ou méconnue : le billard et son rituel.

Les artistes saisissent poses et costumes qui entourent un cérémonial parfois rejeté dans des bas fonds aux odeurs de maffia, de pègre et de paris douteux. Ce qu'un certain cinéma noir américain a montré, les deux artistes le déplacent. Une mémoire référencée parvient à maturité. La vocation est non d’aider à mieux distinguer gagnants et perdants mais d’imager une mythologie élégante voire sexuelle à laquelle le regardeur est rarement invitée.

Renoma 3.jpgLa théâtralité des situations montre combien fringants et séductrices créent par la tension un vertige. Il renvoie au-delà d'une simple praxis. Se substitue une poétique. Les signaux corporels initiés par la technique ou la tactique (peur, impatience jubilatoire) sont évacués au profit de la concentration et de la beauté irénique du geste Il n'est plus demandé au sportif de changer de corps mais de l’insérer en une chorégraphie presque immobile. Le temps se défait, ne semble avoir plus de prise : comment alors ne pas penser à la phrase de Beckett "vivre est errer seul vivant au fond d'un instant sans borne" ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Maurice Renoma & Benoît Rajau, "Billard-Costard" photographies et perspective, Exposition à la boutique Renoma du 15 novembre 2017 au 23 janvier 2018:

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