gruyeresuisse

25/10/2017

Philippe Jaccottet & Jacquie Barral : poésie pure

Barral.jpgPar le biais du Haïkus - et après en avoir traduit quelques uns avec doute : «je n'exclus pas la possibilité de contresens, mais un contresens se corrige aisément » écrit-il - Philippe Jaccottet trouve là une rythmique capable de faire corps avec l’instant sans arrière-pensée spéculative. Il s’agit de révéler un ordre caché du monde à travers celui des mots. Repoussant l’ordonnancement occidental, le poète franchit les limites du logos en des fragments tendus sur le vide pour atteindre par cet emprunt forain une sorte de poésie pure : les choses tiennent ensemble, et deviennent un organisme vivant.

Barral 2 bon.pngRetenant dans une telle forme des « expressions les plus pures de toute la poésie », Jaccottet contribue sans doute à l’idéalisation d'un genre non dénué parfois d’obscurité artificielle. Néanmoins le Haïku devient ici l’expression idéale de ses thèmes de prédilection : la nature et ses saisons. Le temps et la paysage restent centraux. Transparaît le sentiment de la perte au sein d’instants fragiles comme si, au moment les feuilles tombent, elles s’amassaient pour se recouvrir les unes les autres.

Barral 3 bon.pngNéanmoins cette magie tient moins aux textes du poète qu’aux œuvres de Jacquie Barral. La lumière du paysage, son écran de porcelaine l’artiste en révèle les contours. L’altération du temps s’y soumet. Le dessin devient à la fois le miroir, l’ultime instance, l’écharpe des limbes du temps. Demeure une pente douce, intime et belle. C’est le réfrangible cristal des haïkus, leur aigue-vive. Elle s’élance sur le fléau du vide de la page dont elle devient la soie métallescente. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Jaccottet & Jacquie Barral, « Neuf haïku », Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 28 pages.

 

Commentaires

L'écharpe des limbes du temps.... Elle s'élance sur le fléau du vde de la page dpnt elle devient la soie métallescente"

Oui, la peinture, ce que nous visualisons, toutes nos images, celles avec lesquelles nous ressentons et pensons sont la même vibration. Des rubans de musique, de soie, sur la page vide de notre inconnu. Tout ressenti, conscience d'être, toute perception a pour rythme cet élan,une plénitude et un déchirement sur la crête d'une vague d'émotion, sur ce que vous nommez " une pente douce, intime et belle". Hommage au coeur des hommes et des femmes vibrants du besoin de sens, d'aimer devant "le fléau de ce vide". Béatrice Cofield

Écrit par : Béatrice Cofield | 29/10/2017

Les commentaires sont fermés.