gruyeresuisse

12/10/2017

Le fromage plus que ses trous : Jacques Réda

Réda.jpgSe situant bien au-delà des préjudices portés à l’Histoire par le refus de distinguer faits et fiction; Jacques Réda fait de la poésie un instrument de brouillage moins entre les sentiments « vérifiés » et les autres, qu’entre l’immense et le petit. Et si le poète se veut responsable de son délire mais il ne se sent en rien coupable des fins dernières du monde.

Par son l’investigation Réda donne au langage un statut de dignité scientifique entre le micro et le macrocosme. Son expérience poétique est un exercice où l’imagination permet d’accéder à la réalité Par son encodage de la vie elle est opératoire entre les éléments menacées ou prédateurs qui nous guettent. Il faut donc pratiquer la poésie afin que fibrille dans la tête l’écho d’un cri face à l’infini du silence. Réda fait donc œuvre de salubrité publique en mettant face aux mots qui s’effacent, au temps qui nous largue, aux espaces qui nous perdent dans notre insignifiance.

Réda2.jpgAu sein des zones d’indétermination entre faits et fictions, la poésie semble donc la position la plus sûre pour éviter que le fromage de la vie soit mangé avant l’heure par les vers de l’Histoire (du cosmos et du quotidien) fondé sur des possibles imaginés et des hypothèses vagues. Tels des poissons rouges toujours verts, tournons allègrement dans notre bocal pendant qu’il est temps : grâce à Réda, la mémoire de ce que nous ignorons encore nous revient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Réda, "Accidents de toilette", illustrations d’Anne Marie Soulcié Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2017

 

Écrire un commentaire