gruyeresuisse

08/10/2017

Philip Roth et les casseroles de l’occident

Roth.jpgPhilip Roth, c’est une évidence est un romancier d’exception qui depuis belle lurette aurait mérité le Nobel. Sa fantaisie ouvre un aperçu unique sur la société américaine et par extension du monde occidental de la fin du XXème siècle. L’édition de la Pléiade permet de revisiter les œuvres premières où tout se mit en place dans néanmoins une motilité vertigineuse : l’intranquillité du monde se dit par glissements inapaisables dans ce qui devient autant une saga qu’une fable dont Portnoy fut le premier héros.

 

 

Roth 2.jpgLa fiction devient une onde textuelle qui traverse et poursuit de pages en pages la maladie de l’identité et celle du sexe dont nul ne se remet. Ou si peu. L’Amérique s’ouvre à sa béance, son énigme à travers divers milieux. Le monde juif bien sûr, cocon ou creuset de l’œuvre, mais il s’élargit au delà sur une vision de New-York dont héros et héroïnes deviennent castors ou grands hérons de la civilisation urbaine. Ce localisme insère l’Histoire dans un lieu précis dont le genre romanesque est la grande épopée il aboutira plus tard au chef d’œuvre de l’auteur « La pastorale américaine ».

Roth 3.jpgChez Roth le corps est travaillé par ses pulsions. Et l’auteur ne ramène pas sa viande à du mental Il se frotte à son incontenable à travers ce qui façonne ses instincts de vie, de mort et de domination dans divers cultures et zones sociales qui leur servent de réservoir. Loin des constructions obsessionnelles auxquelles on veut parfois le réduire, Roth s’applique à déconstruire et à décomposer la société dans sa complexité là où tout peut sans cesse s’ouvrir comme se fermer en de longs récitatifs où la (fausse) naïveté devient la nécessaire arrogance de l’humour à défaut d’un amour complet pour l’humanité vagissante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philip Roth, « Romans et nouvelles - 1959 - 1977 », coll. Pléiade, NRF, Gallimard, Paris, 2017, 64 E.

(Photo 3 : film "Goodbye, Columbus")

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