gruyeresuisse

04/10/2017

Barbara Nikte : crépuscule de la pornosphère

Barbara 3.jpgAvec « American Ectasy » Barbara Nitke livre un journal intime très particulier. La photographe travaillait sur le tournage des films pornographiques dans les années 80 qui signèrent la fin de l’âge d’or de telles productions. Elle éprouvait dans cet univers des sentiments contradictoires : il était aussi stimulant qu’ennuyeux et lui permit de photographier les plus beaux corps féminins qu’elle pouvait espérer.

Barbara Nikte shootait des tournages qui variaient de deux jours à deux semaine. Elle montrait les différentes étapes de séances qui se prolongeaient entre 12 à 18 heures par jour. Il y avait sur les lieux de tournage et pratiquement à portée de champ, pizza et sandwich pour les acteurs et praticiens de toute sorte afin qu’ils se sustentent entre deux scènes tournées dans la chaleur torride des étés à New York (le bruit de l’air conditionné aurait troublé le son direct).

Barbara 2.jpgChacun se plaignait et suait mais actrices et acteurs pensaient trouver là les prémices d’un sentier de la gloire. Le quittant, ils espéraient arpenter des boulevards hollywoodiens. Chacun s’estimait faire partie d’une culture suburbaine et d’une élite pour qui le sexe était un mode de vie. Bref, dit Nitke, les protagonistes étaient cool, fiers et remontés comme des horloges lorsque le metteur en scène criait : “Come on, fuck her face like you mean it. Make it nasty, nasty, nasty!!!!”

Certaines femmes et hommes trouvaient aussi un moyen de réaliser des fantasmes, dominer des situations, faire état de leur beauté voire renverser les rôles. Des femmes aimaient réduire leurs partenaires masculins à des objets « désespérément humiliés et perdus comme des orphelins blessés ». La photographe se plaisait à les photographier tout en se sentant coupable de participer à cette dégradation du mâle.

Barbara.jpgL’artiste trouvait dans le monde porno une montagne russe d’émotions inconnues dans la vie normale. Le tournage se transformait parfois en des « marathons de zone du crépuscule ». Autour de minuit l’équipage de tels tournages ressemblait à un radeau où les méduses défaillaient d’épuisement.. Deux ou trois filles se blottissaient ensemble. C’était alors que l’artiste réussissait ses plus belles photos pour son propre compte : l’âme y était préservée. Cela a convaincu Nitke d’être la photographe main street et reconnue qu’elle est devenue.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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