gruyeresuisse

02/10/2017

Godard, toujours

Godard.jpg« Grandeur et Décadence d’un petit commerce de cinéma » date de 1986 et fut commandée par TF1 pour une série policière. Côté genre, il s’agit d’un faux - même s’il est jonché de cadavres dont le principal est celui du cinéma. Godard raconte sa mort annoncée et organisée par l’argent douteux et la télévision. Trente ans plus tard et l’arrivée du streaming et de différentes techniques avancées le constat n’en est que plus évident.

Le roman de Chase est un prétexte comme le fut celui de Moravia pour « Le Mépris ». Le scénario résumé ne donne qu’une vision tronquée du film. D’un côté le metteur en scène prépare son film et fait. De l’autre le producteur tente de réunir des capitaux douteux. Entre les deux la femme du producteur voudrait devenir actrice…

Godard 2.jpgMais sous l’histoire se cache un autre film. Son titre complet est “Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma révélées par recherche des acteurs dans un film de télévision publique d’après un vieux roman de James Hadley Chase ». Godard ne se préoccupe guère de ce dernier. Son chant du cygne reste une manière de remonter le temps avec gravité, drôlerie et un goût pour l’émotion qu’il demeure - plus que Tuffaut lui-même - capable d’instiller.

Godard 3.jpgCette oeuvre possède une beauté crépusculaire. Son sujet est aussi (ou avant tout) une histoire d’amour. Le sexe est traité de manière subtile là où tant d’autres joueraient des évidences. En 1966 Godard écrivait : « Le seul film que j’aie vraiment envie de faire, je ne le ferai jamais parce qu’il est impossible. C’est un film sur l’amour, ou de l’amour, ou avec l’amour ». Ce film prouve le contraire. Et si on y réfléchit bien tous les films classiques de Godard sont des films d’amour. Il a réussi à le montrer même dans des productions plus politiques : qu’on se rappelle des séquences avec Anne Wiasemsky dans « One plus One ».

Godard 4.jpgGodard reste ici tel qu’il est (les mal embouchés diront tels qu’il fut) avec son goût pour les citations et références littéraires, picturales, musicales, pour les mots et leurs inserts mais aussi pour la beauté incomparable des prises. Elle fait du créateur un maître absolu du « filmique » pour reprendre le mot de Barthes. Cette oeuvre sera pour beaucoup une découverte qu’il ne faudra pas rater. Car il s’agit aussi d’un film d’acteurs. Provocateur et nostalgique, Godard film les femmes de manière inégalable et permet à Jean-Pierre Léaud et Jean-Pierre Mocky de devenir les éléphants dans ce brillant cimetière où le cinéma apparemment (presque) léger n’a jamais été aussi vivant.

Jean-Paul Gavard-Perret

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