gruyeresuisse

29/09/2017

Miranda Tacchia : ce qu’il en est de l’amour – ou presque

Miranda Tacchia.jpgMiranda Tacchia est une artiste et illustratrice de Los Angeles capable de réviser astucieusement certains poncifs masculins. Elle a travaillé pour Disney, Cartoon Network and Nickelodeon et est devenue désormais une star sur Instragram où elle fait preuve de ton son talent en ses manuels de dérision. Elle y scénarise des scènes de vie intime (ou non) en travaillant désormais de manière « artisanale» avec de l’encre et du papier plus qu’avec les outils numériques. Miranda Tacchia 3.jpgElle opère surtout en se concentrant sur les visages : ils trouvent chez elle une expressivité particulière des plus drôles. Elle en dit beaucoup sur les émotions féminines (mais pas seulement : des amants transis n’en mènent pas large…) souvent déceptives lorsque l’attente reste sur une faim qui n’a guère de chance d’être comblée.

Miranda Tacchia 2.jpgLes décors sont effacés au profit des corps en situations. Parfois brûlantes certes mais où le ratage est souvent au rendez-vous des rendez-vous. La dramaturgie est résumée en quelques traits et masses de couleurs. Elle dit le maximum avec un minimum de détails. C’est souvent aussi dramatique que désopilant. Les princesses d’amour sont – dit l’artiste – dessinée d’après son propre vécu sexuel ou simplement existentiel Se souvenant de ce qu’un adulte lui avait dit lorsqu’elle était gamine : « Miranda tu rendras parfois les hommes misérables » elle semble respecter cette prédiction. La plasticienne nourrit souvent ses dessins pour amuser les voyeurs qui ne voudraient pas se retrouver à la place des amants plus ou moins déchus. L’ironie est des plus corrosive.

Miranda Tecchia 4.jpgCette manière de voir le monde mobilise une bonne dose de poésie. Refusant toute pose l’artiste ouvre les portes de l’intime sans pour autant que le voyeurisme s’installe. Se touche l’origine de certains échecs là où il ne s’agit pas de faire avaler les alouettes à la Courbet par courbettes. L’artiste broie les postures. Une poésie des plus simples suit son cours. Et lorsque les caresses demeurent lettres mortes, le retour à l’envoyeur est immédiat ou presque. Exit le coup du charme. Ici les prétendus exploits des mâles et l’ambition de certaines femmes au mieux agacent. Au pire, ils sont tenus pour ce qu’ils proposent : d’impensables pensums.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Vegas Parano : Christian Lutz

Lutz2.jpgChristian Lutz, « Insert Coins », Cente Culturel Suisse, Paris, Octobre 2017

Christian Lutz s’est retrouvé à Vegas (qu’il a photographié de 2011 à 2014) dans son domaine de prédilection photographique : l’oxymore. Derrière les fastes et le clinquant des Casino il met à nu la misère de manière frontale, sombre, violente mais non sans humour. Las Vegas est saisi comme hors-champ et dans ses marges de paradis de l’artifice, du jeu et de l’argent.

Lutz 3.jpgLe photographe fait jaillir une opacité. Il plonge en des espaces où les êtres sont des perdants et des prisonniers. L’artiste les saisit avec un mélange de fascination et d’effroi. D’où l’apparition d’images rebelles, rétives à toute séduction facile. Un assourdissant silence se fait entendre comme un acouphène lancinant dans le non-dit ou non montré de la cité des plaisirs.

Lutz.jpgLa poésie des images est gouvernée par un mouvement de descente, de plongée, de miroitement diffracté. Le créateur est entrainé par une curiosité fascinée dans les labyrinthes d’une monstruosité anodine. De l’espace « paysager » comme du portrait émane un empire visuel inédit là où tout est plus ou moins disloqué. La confrontation à de telles œuvres n’est pas facile. Mais elle rend précieuse cette approche, son étonnante ambiguïté et sa cruelle beauté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/09/2017

Sophie Bouvier Ausländer : ciel et surface

Auslander.jpgSophie Bouvier Ausländer vient de recevoir le Grand Prix2017 de la Fondation Vaudoise pour la culture. C’est plus que mérité. L’artiste reprend le monde à sa main. Elle le plie, le froisse le défait selon diverses échelles et métamorphoses. Carte et territoire ne font qu’un sur le papier transformé par la paraffine en peau. S’y posent des bulles étranges où parfois cartes, lettres, horaires et autres matériaux créent par associations des halos où les apparences se dérobent. Elles tombent vers le ciel et nul ne peut les rattraper.

 

 

Ausalnder 3.jpgPlus que les sphères de Monk ; celles de Sophie et de son monde invitent à l’exil là où l’étendue menace de revenir au centre étrangler son élan. Investissant les lieux où les hommes guerroient, ensemencent la mort, soudain les rois auréolés de glaire tombent de leurs sièges. Restent d’étranges déserts. Le langage plastique y reprend tout son sens.

Auslander 2.jpgL’artiste par son travail globalise le monde pour en trouver la clé. Aux théâtres d’ombre font place des taches de couleurs : le ciel passe sur la surface infime du sol. Et sous la peau des images courent des faces sans visage. Plus question de froncer la robe des chimères. L’art n’est là qu’épine de roses qui saignent. L’image devient suaire. Mais à la place de fantômes un air neuf s’y respire et le soulève.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Prochaine exposition de l’artiste à la galerie Heinzer-Reszler, Lausanne