gruyeresuisse

27/09/2017

Rania Matar : résistances

Rania Matar2.jpgRania Matar photographie des adolescentes sans qu’elle puisse être soupçonnée de la moindre équivoque. Dans un milieu arabe il s’agit néanmoins d’un acte de quasi résistance. Mais par ailleurs la créatrice est fascinée par cet âge de formation. Les filles qu’elle photographie au Liban possèdent l’âge des siennes. Elle a d’ailleurs saisi ces dernières dans ses séries « A Girl and Her Room » et « L'Enfant-Femme ».

 

Rania Matar.jpgEn une approche d’essence autobiographique, l’artiste crée des narrations différentielles pour monter combien la féminité est semblable dans les diverses cultures. Elle suggère la vulnérabilité, la fragilité, les doutes et la beauté de l’adolescence sans frontière et transforme la représentation des femmes du Moyen-Orient loin des « visions orientalistes enracinées dans l'inconscient collectif de l'Ouest » d’autant que « les problèmes dominants entourant les conflits, la guerre ou les femmes couvertes par les hijabs continuent de valider les stéréotypes »

Rania Matar 3.jpgLe Liban lui permet par ailleurs de traverser diverses communautés religieuses et économiques. Libanaise, américaine et palestinienne, la photographe donne une vision panoramique de son pays d’origine sans oublier les réfugiés palestiniens souvent ignorée et qui vivent dans des camps. Leurs filles d’une quatrième génération d’exclus est comparables aux filles plus favorisées. Plus qu’une autre l’artiste est sensible au langage du corps et du vêtement. Néanmoins existe dans ce travail un respect et une ode à l’être loin de tout effet de charme factice et racoleur : c’est pourquoi le seul ordre que l’artiste donne à ses modèles est de ne pas sourire. Par ce biais Rania Matar semble atteindre le cœur des personnages dont la photographie prolonge la pulsation.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’œuvre de l’artiste est actuellement visible entre autre à la « Biennale des photographes du monde arabe contemporain » de Paris du 13 septembre au 12 novembre 2017.

 

Les commentaires sont fermés.