gruyeresuisse

31/08/2017

Andreas Kressig : aujourd’hui et demain

Gressig.jpgAndreas Kressig, « Le Grand Bonheur », Andata-Ritorno, Genève 14 septembre - 30 octobre 2017

C’est maintenant chose acquise : l’homme n’est que le réseau manquant entre l’animal et le robot. Ce n’est pas beaucoup, mais le mérite de l’humain est de se contenter de peu, sauf bien sûr pour ceux qui constituent le haut du panier. Du côté de la Silicone Valley ils remplacent la raison en réseau. Si bien que notre haute tension passe au rayon des objets surannés. Andreas Kressing s’en amuse en mitonnant nos alter égaux en sorte d’ombres plus ou moins chinoises dont la théâtralité n’a rien de romantique.

Gressig 3.jpgLes personnages sont néanmoins de bonnes pâtes. Ils sont prêts à faire l’amour au nom d’une « fraternité » que l’artiste instaure. Elle esquisse ses farces sans forcément des oraisons sous les draps. Ce n’est pas pour autant qu’il faille s’en arracher les cheveux même si des bras débordent.

Le corps semble souvent une surface réparation mais reste soumis à une chaleur chauffée à blanc. Il est en mutation et en immigration vers un autre état. Est-il déjà un survivant aux traits passés ou l’ébauche d’une nouvelle marginalité ? Andreas Kressig ne s’en préoccupe pas. Il continue sa création selon une rythmique particulière. Les gestes s’y font forcément lents dans la fixité des images. S’y éprouvent l’amour et l’abandon. Bref non seulement nous sommes à la frontière de qui nous fûmes mais de qui nous devenons. La vie remue. D’où le titre enjoué de l’exposition.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Marcelle Torn : scénographies délétères

Torn 2.jpgAvec Marcelle Torn la photographie est l'autre nom du crépuscule, sa pointe de froideur pour témoigner de ce qui est entre rêve et réalité Elle entrouvre la porte qui donne consistance moins au corps mais qu’à sa fiction. Voici le lieu où se perdre, se prendre, se pendre ou se crucifier. Voici le lieu où nous sommes toujours plus révoqués que comblés. Le tout en passant du jusant le gisant au jouissant, du jouissant au gisant comme un paquet qui retourne au silence.

Torn bon 2.jpgLa photographie fait la moue plus que l’amour au réel afin de comprendre sa gravité, sa force de bête têtue coupable d'irréparables dommages. Il ne faut pas y voir ce qu'on a aimé regarder et dont on aimerait se rincer l'œil. Il faut, nous dit en filigrane l'artiste, contempler la fosse commune de tous les marasmes, l'épicentre de notre gâchis. Mais en même temps, à travers ses images, Marcelle Torn n'a cesse d'ouvrir, comme on ouvre le banc aux plaisanteries décalées. Elle replace sous notre nez la bévue éternelle, la bavure pris pour le suc de l'harmonie dans lequel s’engouffrent tous les mensonges, silences, omissions, trahisons, bassesses.

Torn 3.jpgLes photographies l'illustrent en semblant rappeler à la femme de ne pas (trop) se dévêtir car une fois vue le voyeur n'en sortira jamais. Etant telle quelle, elle reste le désastre comme l’espoir le plus probant jusqu’à, disparaissant en presque totalité et gorgée d'eau noire, elle retrouve le néant que jamais nous n’aurions dû quitter. Néanmoins, en guise d'effacement, l’artiste en appelle encore à la vie via rappels et éléments symboliques désacralisés en jouant comme Dali sur la finesse et le luxe et la volupté. Et ce jusqu’à ce que la rose de personne ayant fait son heure, il convient de se laisser mettre au monde à l'autre bout temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/08/2017

Marion Tampon-Lajarriette : l’incontenable

Tampon.jpgMarion Tampon-Jajarriette, « Terrain Fertile », Lancy et Plan-Les-Ouates, du 3 septembre au 31 octobre 2017. « Drawing Room 017 », La Panacée, Montpellier. Solo show, Galerie Laurence Bernard du 13 au 17 septembre 2017.


Tampon 2.jpgLes vidéos de Marion Tampon-Lajarriette travaillent l’image en la « mixant » avec le numérique afin de décomposer puis recomposer le monde en ce qui devient, écrit la créatrice, «l’image-matériau». Le tout en divers jeux de déperdition ou de saturation sous l’effet de la plus grande netteté de l’image ou de son floutage et de son flocage. Adepte des transferts d’informations sur divers supports l’artiste travaille sur la texture visuelle : le numérique – mais pas seulement - permet un tramage pour l’épaississement ou son contraire.

Tampon 3.jpgLa déréalisation n’est néanmoins pas l’objectif de la plasticienne. Elle préfère des compressions, des reprises, des incrustations pour donner aux images un flux particulier S’éloignant des opérations classiques du montage, elle opte pour un territoire mystérieux capable de produire des zones de communication secrètes. Celles-ci renvoient sans doute le regardeur à son inconscient par couplages et reconstructions dans le flot que l’artiste déploie suivant différents plans, échelles et émulsions. Elle propose une nouvelle dialectique du regardeur et de l’objet visuel. Celui-ci ne se veut pas salut mais pointe. Elle introduit dans le regard ce qu’il ignore. Et Marion Tampon-Lajarriette ne cesse de tourner autour de cette problématique pour combler des trous que la production vidéographique habituelle laisse béante. La « projection » trouve là un nouveau sens.

Jean-Paul Gavard-Perret