gruyeresuisse

31/08/2017

Marcelle Torn : scénographies délétères

Torn 2.jpgAvec Marcelle Torn la photographie est l'autre nom du crépuscule, sa pointe de froideur pour témoigner de ce qui est entre rêve et réalité Elle entrouvre la porte qui donne consistance moins au corps mais qu’à sa fiction. Voici le lieu où se perdre, se prendre, se pendre ou se crucifier. Voici le lieu où nous sommes toujours plus révoqués que comblés. Le tout en passant du jusant le gisant au jouissant, du jouissant au gisant comme un paquet qui retourne au silence.

Torn bon 2.jpgLa photographie fait la moue plus que l’amour au réel afin de comprendre sa gravité, sa force de bête têtue coupable d'irréparables dommages. Il ne faut pas y voir ce qu'on a aimé regarder et dont on aimerait se rincer l'œil. Il faut, nous dit en filigrane l'artiste, contempler la fosse commune de tous les marasmes, l'épicentre de notre gâchis. Mais en même temps, à travers ses images, Marcelle Torn n'a cesse d'ouvrir, comme on ouvre le banc aux plaisanteries décalées. Elle replace sous notre nez la bévue éternelle, la bavure pris pour le suc de l'harmonie dans lequel s’engouffrent tous les mensonges, silences, omissions, trahisons, bassesses.

Torn 3.jpgLes photographies l'illustrent en semblant rappeler à la femme de ne pas (trop) se dévêtir car une fois vue le voyeur n'en sortira jamais. Etant telle quelle, elle reste le désastre comme l’espoir le plus probant jusqu’à, disparaissant en presque totalité et gorgée d'eau noire, elle retrouve le néant que jamais nous n’aurions dû quitter. Néanmoins, en guise d'effacement, l’artiste en appelle encore à la vie via rappels et éléments symboliques désacralisés en jouant comme Dali sur la finesse et le luxe et la volupté. Et ce jusqu’à ce que la rose de personne ayant fait son heure, il convient de se laisser mettre au monde à l'autre bout temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

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