gruyeresuisse

26/08/2017

De L’amour - sinon quoi d’autres ? Jean-Louis Baudry

 

baudry.jpgIl faut plus de 1200 pages à Jean-Louis Baudry pour écrire son livre le plus inattendu. Celui d’amour qui ne devait pas s’écrire mais se vivre. L’existence en a décidé autrement. La femme est morte trop vite. Baudry a pensé faire son deuil par l’écriture en tombant dans la tarte à la crème (ou le piège à zozos) de la résilience. Mais il réussit beaucoup mieux : son journal devient le contraire de ce que le genre évoque généralement. Il monte la contre thèse de la durée figée. L’auteur y vit très fort et ne néglige rien de ce qui vient des déplacements que l’amour a produits non seulement dans son psychisme (voire son machisme) mais aussi sa vision de l’art et de la littérature.

Il y eut comme en prélude un roman « A celle qui n’a pas de nom » comme si « l'objet » de la mémoire ne pouvait se regarder de face. Mais ici l’auteur à renoncé à la diagonale du fou et a trouvé l'angle qui évite l'aveuglement sans plonger dans l'obscurité - ce qui reste un des thèmes de l'art poétique de Baudry. Exit les dispositifs de rideaux, de miroirs qui réfléchissent, interceptent, tamisent une lumière. En lieu et place de la fiction, la tâche que se fixe l’auteur est fractale.,

Baudry 2.jpgPlus que fragment ce journal « extime » restent un amoncellement d’histoires et d’images « vraies » telles des bouées de corps mort et de survie où l’homme devient nu. Une fois écrit, la lutte pour la vie eut du mal à se poursuivre. Mais le livre reste celui du point premier et dernier, il démarre l’espace, le monte, le descend, soulève le logos, porte ailleurs les images. Il plonge dans les abîmes puis s’érige à nouveau dans une forme de sensualité pudique. Mais sa force tient aussi en ce qu’il crée l'instabilité, dénonce la parole trop développée de l’amour et ses miasmes voire de ses enfantillages hors saison. Il casse la probabilité des images, ouvre le monde jusqu’à son effacement. La disparition « improbable » crée donc à la fois une descente et une Ascension.

Au plus près de la vérité de l'être dans sa chair et sa pensée, le livre se dégage de la réalité tangible sans pour autant refuser de s’amarrer à la vie dans un accomplissement de l’écriture. En conséquence avec « Les corps vulnérables » Baudry reprit à sa main la formule du héros beckettien : "Je ne me tairai jamais. Jamais". Chose faite (et écrite) ma messe était désormais dite, le silence apparut. Mais reste l’évangile selon Jean-Louis. Le corps vibre par la présence de celle qui - non divisible et complexe - jusque dans le jeu du désir - méritait un tel hommage à perte de vue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Louis Baudry, « Les Corps vulnérables », L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 1250 P., 39 E., 2017.

16:50 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bouleversant récit qui m'a donné l'envie de connaître cette si belle histoire vraie.

Écrit par : Anne Marie Carreira | 26/08/2017

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