gruyeresuisse

23/08/2017

Révision des souverains poncifs d’une perfidie contemporaine envers Maurice Blanchot


Blanchot.jpgLire Blanchot ne devra certainement pas se limiter à consulter ses premiers écrits politiques des années 30. L’auteur y est non seulement intellectuellement mais littérairement balbutiant. Agé d’un peu plus de 20 ans, écoeuré par le déclin français, il se rapproche de «Jeune Droite» et collabore à des revues et journaux où il exprime son antiparlementariste, son anticapitaliste et son antimarxiste. Anti-Allemand, Blanchot saisit le danger de la « mystique » hitlérienne qui « prend la forme d’une culture et cherche à justifier ses desseins par des valeurs qu’elle diminue». Mais, face à la machine de guerre nazie, Blanchot s’élève contre le pacifisme et dénonce ceux qui voient l’hitlérisme tel « un système de relations abstraites qu’on règle au moyen d’un arrangement juridique». Pour l’auteur les politiciens occidentaux sont devenus des complices de la barbarie au nom d’un moralisme obstiné qui ne contraint en rien les maître du Reich et de l’URSS.

Blanchot 2.jpgPour Blanchot, il convient de venir à bout du désordre et de la crise qui ruinent le monde. Il en appelle à une révolution spirituelle. Mais selon lui il n’existe pas de solution démocratique eu égard au personnel politique. Sa révolution s’oppose à celle des Soviets. Mais l’antisémitisme est tout aussi flagrant. En un repli nationaliste Blanchot - parmi les fauteurs de guerre - dénonce «les Juifs émigrés, étrangers suspects» dont le but est de «précipiter les Français, au nom de Moscou ou au nom d’Israël, dans un conflit immédiat». Quant à Léon Blum il est le symbole d’«une idéologie arriérée, une mentalité de vieillard, une race étrangère ».

Blanchot 3.jpgNéanmoins de tels écrits s’arrêtent en 1937. L’amitié avec Georges Bataille, son rapprochement avec « Jeune France » de Pierre Schaeffer le délivre de son idéologie première. Auteur NRF avec « Thomas l’obscur », il n’écrit plus que des critiques littéraires. Plus tard il retrouvera incidemment sa tête politique. Ami de Robert Antelme et de Marguerite Duras, il est un des auteurs de la «Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie» et devient un activiste du Mai 68 parisien. C’est pourquoi, sans négliger les premiers écrits, ils ne doivent pas occulter la force littéraire et « Le pas au-delà» de la pensée de Blanchot. Il aura appris de ses erreurs premières que la littérature est affaire de silence et même Emmanuel Levinas et Jacques Derrida l’absoudront. Ils ont compris que sa «vraie vie » était l’écriture : celle de nuit et non «l’écriture de jour, au service de tel ou tel». En un certain sens son antisémitisme l’aura paradoxalement révélé le plus fortement à lui-même. Conscient de ses erreurs de jeunesse il allait devenir un modèle d’une littérature exigeante. Seuls ceux qui s’estiment parfaits peuvent se croire autoriser à désavouer l’œuvre au nom des premières dérives. Tout d’ailleurs n’est pas à jeter. A côté de l’antisémitisme puant existent des visées efficientes et d’actualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Maurice Blanchot, « Chroniques politiques des années trente 1931-1940 », Edition présentée, préparée et annotée par David Uhrig. Gallimard, 550 pp., 29 €., 2017.

 

 

Commentaires

Un peu le genre Gonzague de Reynold...

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/08/2017

Le concept "antisémitisme" est pour le moins suspect. C'est une manière d'entrer dans la logique des racistes ou racialistes :

Cité par Patoucha le 21/08 sur ce blog :
http://www.cicad.ch/fr/anti-semitism-history/lantijuda%C3%AFsme-des-p%C3%A8res-de-leglise.html

"Le mot "antisémite" n'a jamais ciblé les sémites qui ne sont pas une "race" mais des gens parlant des langues sémitiques. Le terme fut utilisé pour la première fois en 1860 par l'intellectuel juif autrichien Moritz Steinschneider dans l'expression « préjugés antisémites ». Le terme "antisémite" est venu se substituer à "anti-judaïsme" durant le siècle des lumières, époque où l'hostilité à l'égard d'une religion n'était plus une hostilité "rationnelle". A cette époque, la tendance était de définir les gens selon "leur race". De peuple spirituel, les juifs sont devenus "une race" (pour leur détracteur).

Écrit par : Géo | 25/08/2017

Étonnant de constater comment on a pu passer collectivement de Maurras à Marx en moins de 30 ans. Un peuple tout entier touché par une réforme intellectuelle et morale aussi rapide, ça tient du prodige. Mais, c'est plus difficile après coup d'en gommer les excès.

Écrit par : rabbit | 25/08/2017

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