gruyeresuisse

28/07/2017

Lucy Einna : flexions et extensions

Einna.jpgCeux qui se disent photographes répondent souvent à une sorte d'utilitarisme en fournissant notre société en images qui répondent à un “objectivisme” philosophique à la mode. Ils laissent le monde aussi désolé et convenu en leur praxis communicationnelle et l'enrobe sous forme de discours savants. Ils se défendent souvent en disant se libérer de formes anciennes et périmées. Voire... Einna 3.jpgA l’inverse Lucy Einna sait que pour être "neuve" la photographie n'a pas forcément besoin de célébrer l'avènement d'une nouvelle galaxie. Cette conception est un pur fantasme qui fait retomber dans le goût du simulacre et un formalisme légiférant et décidant de tout.

Lucy Einna préfère s’attacher aux “choses” simples : son propre corps ou des paysages en déliquescence et parfois lugubres mais qu’elle rehausse de couleurs. A travers de telles prises elle prouve qu'une extension de la photographie reste toujours possible. Ses oeuvres ne sont pas des “objets” sans aspérités ni surprises mais elles sont là pour faire parler le silence. Les marques du débordement, du franchissement restent nombreuses mais discrètes. Einna 4.jpgElles saisissent en créant des transformations d’essence plastique (postures, couleurs, compositions) sans pour autant tomber en un pur formalisme. A bout portant le corps en cette extrême aimantation appelle respect et retrait. Tendu ou replié il modèle une forme d’immatérialité et presque une abstraction confondante. Plus qu’épice visuel il devient vertige, interrogation dont la belle captive émerge ou se retire. Comme elle le fait du monde pour en extraire des reliques.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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