gruyeresuisse

18/07/2017

Chris Drange Instagram ou le culte affligeant de la personnalité

Drange 2.jpgPlus de 700 millions de personnes utilisent Instagram dans le monde. Et plus particulièrement les icônes US style Miley Cyrus, Kim Kardashian, Ariana Grande, Selena Gomez. Dans son livre, Chris Drange présente les liens qui se tissent entre les nouvelles stars de pacotilles et leurs « followers ». Instagram est pour les premières le meilleur moyen de peaufiner leur image souvent kitchissime. Le selfie devient le médium de l’admiration (ou parfois du rejet) qui permet une multiplicité d’interactions (souvent débiles).

« Relics » présente les relations avec les « Instagrammers » les plus populaires avec une sélection de commentaires de celles et ceux qui les suivent benoîtement dans une sorte de story-telling qui frise (voire plus) l’absurdité et la démence (qu’on espère douce et provisoire) au sein de questions souvent idiotes mais qui traduisent un fanatisme signe d’une misère culturelle.

Drange.jpgDrange prouve aussi comment le selfie est devenu un « phénomène digital d’adoration ». Il permet aux « artistes » femmes de faire croire à leur liberté et indépendance et aux stars mâles de rejouer les héros de péplum hollywoodien mâtiné de postmodernisme. Et l’affaire est jouée.

Le tableau est fort car fort affligeant. L’adoration des reliques numériques n’est qu’un pauvre ersatz. Il suffit néanmoins à combler des vides par ce qui est donné comme prestigieuse et référence... Les hommes rêvent de côtoyer Kim Kardashian ou Kylie Jenner et les femmes de leur ressembler. Car l’imitation joue ici un rôle aussi pitoyable que majeur. Le livre sous son apparence de smart-phone visualise ainsi la schizophrénie qui peut s’emparer de ceux qui croient trouver là une libération en tombant dans les poncifs d’une idéologie fabriquée de toute pièce.

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Chris Drange, « Relics », Hatje Cantz, Berlin, 2017, 112 p., 15 E.

Les commentaires sont fermés.