gruyeresuisse

13/07/2017

Les particules «élémentaires » de Céline Zufferey

Zufferey.jpgAvec son écriture sarcastique la Lausannoise Céline Zufferey est une ethnologue de l’occident, de ses clichés, ses postures et impostures. Personne (ou presque) n’est sauvable dans ce premier livre bien fait tant il se plaît à brouiller les pistes (il est vrai que l'auteure a derrière elle un nombre conséquent de nouvelles).

Dans ce livre lorsque les chiens aboient (ou remuent la queue) la caravane avance uniquement lorsque cela lui est utile à ses avanies. La romancière sait que le diable est dans les détails. Mais les diablesses - ou les ingénues - demeurent les victimes. Chacun s’arrange pour que leur histoire soit mineure. Une gamine enfant n’est qu’on objet corvéable et remplaçable à merci : pour l’heure vêtue en nuisette on lui fait jouer les Lolita pour des histoires d’étagères.

Zufferey 2.jpgLe roman crée un effet d’étrangeté mais il propose toutefois une élucidation comique à valeur générale. Cependant l’auteure fait plus : elle transforme la langue en « carte » qui segmente ou plutôt souligne certains territoires mouvants. Ceux d’un univers de consommation de masse et d’un utilitarisme où la libido de certains et l’intérêt d’autres créent un immense quiproquo que Céline Zufferey organise. Elle donne à certaines « particules élémentaires » des ingrédients qui laissent songeurs les naïfs que nous sommes. Si bien que les « Kitkats » prennent ici un goût amer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Céline Zufferey, « Sauver les meubles », Roman, Gallimard, Paris 2017, 240 p..

 

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