gruyeresuisse

22/05/2017

Tea for two, two for « Il » - Philippe Jaffeux

Jaffeux.pngIl n’est pas question que le dialogue - inventé dans le théâtre didascalique de Jaffeux - permette à sa pièce de 1222 répliques ne soit autre qu’aléatoire. Il peut se dire dans n’importe quel sens afin de permettre au théâtre de se poursuivre. Mais de l’aveu même de l’auteur, "sans aucun but". Voire…

Il est vrai que les deux personnages N° 1 et N° 2 - joués chacun par 13 personnages venus des cintres, des coulisses ou de la salle - ne se fendent en rien d’un véritable échange. Ils se contentent de commenter l’angle aveugle du triangle qu’ils produisent avec un personnage fantôme (IL). Muet, absent celui-ci reste néanmoins omniprésent puisque les voix des deux autres « se diluent dans des émotions qui préservent les impressions déstabilisantes d’un spectre ».

Jaffeux.jpgHors lui point de salut. Sa torpeur donne tout le rythme à un « théâtre et son double » qu’Artaud lui-même n’aurait imaginé. Le chaos dramaturgique est nourri d’un jeu extatique. La parole se « contente » de commenter une disparition. De ce dialogue « impossible » naît un théâtre paradoxal dont l’objectif est celui d’explorer l’envergure de causeries génialement apathiques et volubilement aphasiques.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Jaffeux, « Deux », coll. Théâtre, Editions Tinbad, Paris, 234 p., 21 E., 2017.

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