gruyeresuisse

30/04/2017

Julie Susset à la recherche de l'accomplissement

Susset.jpgLe travail de Julie Susset est de l’ordre du primitif coloré et de la pulsion. Sa peinture dans ses formes oblongues et végétales est vivante. Ce que l’artiste étend et tend sur ses toiles travaille la pensée et l’affecte, là où l’abstraction ne se limite pas à une simple spiritualité mais témoigne d’un érotisme larvé. Le geste anime les lignes. Ce qui en sort possède parfois la puissance de la matière et parfois la diaphanéité de ce qui en échappe. L’artiste semble sentir ce qui la traverse et arrive à le plaquer vivant sur le support.

Susset 2.jpgJulie Susset est entièrement dans sa peinture, elle imprime jusqu’à ses contradictions. Partant de la couleur elle fait naître des visions marquées par la coupure et l'union : formes phalliques et féminines tentent l'unité dans une destruction créatrice des apparences vers une autre harmonie. Susset 3.jpgChaque fois la jeune artiste reprend une course sans limite. Tout ramène sans cesse au geste qui induit des présences atmosphériques fortes par tout le "désordre" dont l'artiste anime ses constructions. Elles semblent spontanées comme si la plasticienne était débordée par sa création. Aucun ordre n'encadre la pulsion première. L'artiste lui donne des colonnes d’air. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il y a dans cette mise en demeure, dans cette immédiateté tout un processus antérieur. : les couleurs de landes supérieures deviennent les organes de forêts qu'on ne brise pas avec des haches. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Julie Susset a exposé au Spring Memories, Zurich, 2015.

 

Hans Bringolf le caporal "épinglé"

Bringolf.pngHans Bringolf, « Feu le lieutenant Bringolf », La Table Ronde, 10,20 E ., 2017 444 pages.

Fils d’un colonel suisse et d’une russe, Hans Bringolf est à sa manière un type de nouvel héros atypique. Il doit son titre de « feu le lieutenant Bringolf » parce qu'il était souvent donné mort lors des exercices. Il sert dans les services diplomatiques suisses jusqu'en 1904, puis en est radié pour fausses écritures. Il émigre ensuite aux États-Unis, commande une unité américaine, est emprisonné pour fraude. Avec la Première Guerre, il entre dans la Légion et obtient un autre surnom celui de « Le lion de Monastir ». Médaillé, il se retire en Suisse. Il y écrit le roman de son existence plus ou moins douteuse mais tout autant héroïque. Cendrars repère ce livre et lance avec lui sa collection « Les têtes brûlées » aux éditions du Sans Pareil.

Bringolf 2.pngSon éditeur (et traducteur) ne s’y était pas trompé. Hans Bringolf sait extraire de sa vie un roman en cavale. Entre éléments narratifs et l’évocation de l’existence existe à la fois une sorte de mise en abîme et d’approfondissement. D’autojustification aussi. Cette évocation n’a rien d’un champ de ruines : elle met en évidence le brio de l’aventurier au long cours et les arcanes de l’imaginaire compulsif de l’auteur lorsque cela est utile à sa défense et illustration. La dimension complexe du personnage demeure en filigrane. Il impose à son existence, face aux changements que lui imposent ses vicissitudes, de quoi se tenir debout - quitte à passer par des fenêtres quand les portes se ferment et ce pour entrer comme pour sortir. Reste toujours un saut dans l’impossible même si selon lui le monde ne l’a jamais laissé en paix. Mais il n’y est pas pour rien, eu égard à l’énergie qui l’anime parfois jusqu’à l’excès. L’auteur y remet en question les appréciations basiques entre le bien et le mal. Et son panégyrique ne s’embarrasse pas d’arguties spécieuses sauf lorsqu’elles sont; confusément ou non, indispensables...

Jean-Paul Gavard-Perret

29/04/2017

Marine Tillé : errances

Tillé.pngMarine Tillé - à l’image des ombres qui glissent parfois dans ses photos - avance au milieu des indices de décors improbables ou ce qui en reste. S’y éprouve l'intensité d’une marche forcée contre - qui sait ? - l'impossible abandon, l'impossible retour.

Tillé 3.pngDevant le regard les paysages à la fois fondent, se mixent ou offrent leurs débris. Il s'agit d’empreintes au fond de la dérive, là où la pensée manque de prise. Ne reste que le battement sourd du vent dans des ruines. Marine Tillé n'ajoute rien, n'élargit rien, ne fait que renvoyer à l'affolement où le réel s’écrase.

Tillé 2.jpgLe corps - lorsqu’il est présent – n’est qu’ersatz. Sommes-nous plus proche des débris qu’il traverse ou de sa silhouette qui a perdu substance ? Celle-ci traverse le silence. Le monde semble se réduire à une nature de fragments épars, disjoints. Marine Tillé taraude le réel. Dans chaque image - entre lenteur et vitesse - une intensité qui accapare, déborde.

Jean-Paul Gavard-Perret