gruyeresuisse

23/03/2017

Perrine Le Querrec : poupée brisée

Zurn.jpgUnica Zürn a pu croire un temps que, poupée parmi les poupées, elle gouvernait l’amour qui l’unissait à Hans Bellmer. Mal lui en pris. L’amour était là mais l’amant l’altéra. Croyant prendre chair, Unica finit par la perdre. Perrine Le Querrec devient la narratrice de sa souffrance, sa déchéance et sa ruine en un pacte textuel où la mort, plus forte que l’amour, se plaque sur du vivant. La foudre des étreintes finit en « foirade » (Beckett) tragique et ne fait que parachever ce qui a eu lieu avant.

Le Querrec.jpgLa relation aura ressemblé à un vide où le désir trépasse mais où paradoxalement l’amour demeure en se scellant par le suicide final. Perrine Le Querrec articule sobrement des seuls mots nécessaires le presque mutisme dans lequel l’artiste allemande s’enferma. Poupée parmi les poupées Unica Zürn devint écran total à elle-même. Et la poétesse ne transforme pas le lecteur en voyeur d’un tel périple cataclysmique.

 

 

Le Querrec 2.jpgUnica Zürn est là : ensommeillée en sa dérive, son enfermement, ne pouvant plus rien recevoir de qui pourtant elle attendit tout - trop sans doute. Elle ne mangera ni la pomme espérée, ni un quelconque fruit de la connaissance. Perdant ses illusions puis son propre « moi » elle ne bougera plus sauf pour le saut final. Un tel livre, - si rare - dans son écriture et son graphisme est en parfaite adéquation avec la folie qu’elle suit à la trace. Le corps fut asservi, modelé, ficelé selon une persécution plastique et mentale finit là où son manipulateur avait contribué à l’entraîner. Pris en un remord final il fera écrire sur leur tombe commune « Mon amour te suivra dans l’éternité ». Il était bien trop tard. Ce fut comme un message pour les vers, sans prénom et juste quelques fleurs posées là par des visiteurs de passage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Perrine Le Querrec, « Ruines », Tinbad poésie, Editions Tinbad, Paris, 66 p., 12 E ., En librairie le 25 avril 2017.

 

Commentaires

Cette histoire est bouleversante et remue bien la pensée de beaucoup d'entre nous
Personnellement je comprends ce geste fatal d'Urnica.Zürn
La souffrance est ressentie différemment des uns et des autres et parfois le seul apaisement à l'oubli c'est d'en finir.
C'est très triste, mais si bien raconté!
Et votre critique est si humaine!
Bravo JPGP.

Écrit par : Carreira | 23/03/2017

Admirable critique. Merci JPGP !

Écrit par : basquin | 24/03/2017

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