gruyeresuisse

22/03/2017

Philippe Denis "sucs de l'inaudible"

 


Philippe Denis.jpgPhilippe Denis précise lui-même sa poétique : « L’art de lier au fumet du mot juste / les sucs de l’inaudible. » Dès lors le choix des noms n’est pas simple même lorsqu’il s’agit de définir un arbre : « J’avais bien quelques certitudes quant à son nom. Mais que sont les noms ? Quel savoir se dissimule derrière leur attribution ? » Il faut donc faire œuvre de componction quant à leur choix et leur utilisation. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusion : les identités restent toujours lacunaires.

 

 

 

PhilippeDenis 3.jpgEt pour le prouver le poète fait retour à « son » arbre : « Il y a quelque chose en lui du clavecin, une palpitation, un égrènement orangé. Son nom est répertorié, abîmé (…) Son nom est roide, militaire, poussiéreux. / Sur d’autres continents son fruit est noir (…) il en sort des pandémies qui, en d’autres temps, faisaient la joie des enfants ». Bref jusque dans un nom le regard erre. Et les cahiers de notes du poète, ses « Petits traités d’aphasie lyrique » tentent de l’orienter en « parlant pierre au besoin ». L’objet de poème est donc non la chose mais sa capacité à faire parler leur monde muet afin que se crée « Les picotements que me procuraient / les languettes de cuivre / des piles usagées/ c’est eux/ page après page que je cherche à retrouver ».

 

Philippe Denis 2.jpgLe texte n’est donc « bon qu’à ça » : créer le court-circuit des opposés en allant vers une simplicité avec la force et d'audace. Évidemment, l'explication n'est jamais suffisante et il appartient au lecteur d'établir les règles qui régissent sa bonne compréhension. Comme il lui appartient aussi le droit de s'égarer. L'encre coule pour tracer le chemin par lequel l’esprit s'ouvre sur l'objet, celui ci est instantanément reçu par le cerveau (et dans une certaine mesure par l'âme) au sein desquels il se verra lentement digéré et mis très vite en articulation avec le souvenir en plus de nombreuses autres joies.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Denis, « Petits traités d’aphasie lyrique », Le bruit du temps Editions, « Alla Breve », peintures de Didier Demozay, collection Mémoires, Eric Coisel, Paris

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