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07/03/2017

François Jolidon : huiles des vidanges historiques

Sardine.pngFrançois Jolidon, « Le point de vue de la sardine », Encre Fraîche, Genève

Il faut un certain temps pour entrer dans les dix sept boîtes de sardines de François Jolidon. Elles ne contiennent pas forcément le poisson attendu. Certaines histoires sont faites pour le noyer là où le monde est décliné ou tiré d’évènements importants. Ils se découvrent de manière dégingandée selon des narrateurs à l’identité suspecte. Ecrire de telle manière sur les faits et méfaits du temps peut laisser l’impression de se mordre la queue (de sardine évidemment). Mais cela est programmé : il n’y a donc aucune raison de différer une telle lecture. Une fois dedans, le livre ne se quitte plus.

Sardine 2.jpgFrançois Jolidon est intéressé avant tout par l’aventure du langage et ses possibilités (illusoires ?) de délivrance et d’humour. Et ce même si en apparence l’écriture a le but de délivrer moins de nos faiblesses que des messages de faiblesse. Pour le faire l’auteur n’est jamais un petit joueur. Dégagé de tout discours autoréférentiel le livre s’intéresse à des considérations plus amples. D’où la force d’une sorte de voyage initiatique en un « caveaubulaire » (Prigent) habilement illustré par Catherine Louis et propre à subsumer le passif de tout ce qui entoure. Entrer dans une boîte de sardine revient à rejoindre nos frères humains sous des cieux inconnus et par médiums d’inadvertance. Dès lors que les gars de la sardine se le disent : se laver les mains à l’huile que la boîte contient ne servirait sans doute à rien.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(Dessins de C. Louis)

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