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04/03/2017

Fragments du discours plastique : Nicolas Momein

Momein.jpgNicolas Momein, « Bouilleur de savon, fragment », - Topknots, 2017,Villa du Parc, Genève

 

 

 

 

 

Momein 4.jpgNicolas Momein mixte fiction et réalité. Ou plutôt la fiction se crée par des fragments de réalité. Toutefois - une fois l’exposition terminée - la tonne de savon transformée en cubes de savon de 300 grammes va perdurer, « frictionner » en dépositions qui échappent à l’artiste. Ce qui fut structure dense et aérée reste à la poursuite de l’impossible. Le tout dans un état intermédiaire entre absence et présence. Au plaisir de l’ensemble va se succéder une vie secrète en une suite de moments délicieux où peuvent se mêler le travail du regard et d’autres sensations tactiles et odorantes.

Momein 3.pngL’artiste crée un mouvement particulier qui ouvre l’art à une autre expérience. Si bien que l’art devient ce "qui ça / jamais là où" (Beckett). Même si bien sûr se retient le lieu que Momein a construit et où tout a commencé. Après l’assemblage se crée un éparpillement qui n’est pas forcément fracture. Pour revenir encore Beckett « quelque chose suit son cours ». Le tout selon une perspective contiguë aux travaux de l’artiste et en les ouvrant pour une relation à l’art difficilement conceptualisable.

Momein 2.jpgDe l’assemblage complexe constitué comme sens succède une langue en morceaux et un pas au-delà. L’œuvre disparue à la fois persiste, résiste et reste inaccessible. C’est donc aussi autour de cette absence présence que s’organise une promesse. S’agit-il de ramener dans et par le langage quelque chose qui serait enfoui ? Sans doute. D’une part parce que l’œuvre reste difficilement extirpable et demeure et d’autre part parce qu’il ne s’agit pas de faire de l’art une simple clé qui permettrait d’atteindre une placidité irrécusable. Elle donne sens mais se poursuit en une présence « in abstentia » et memento mori. A nous d’en faire bon usage.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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