gruyeresuisse

28/02/2017

Sonia Kacem : habiter le monde

Kacem.jpgSonia Kacem, « Carcasse », Centre Culturel Suisse, Paris, du 4 mars au 2 avril 2017


Seules des structures de bois et de métal délimitent l’univers - sans totalement en remplir le « vide » - que propose à Paris la Genevoise Sonia Kacem. De couleurs troublantes proches de la carnation humaine et nommées selon des prénoms, ces « carcasses » deviennent d’étranges « personnages ». L'artiste crée une forme d’apparition paradoxale, de présence en creux. L’image crée ni la possession carnassière des apparences, ni la mimesis dont le prétendu "réalisme" représente la forme la plus détestable.

Kacem 2.jpgL'ébranlement du regard réclamé à cette très vieille chose qu'est l'Art passe ici par des structures qui jouent du dedans et du dehors. Surgit un cérémonial hallucinatoire et dérisoire. L'imaginaire trouve la possibilité de faire émerger non une simple image au sens pictural du terme mais à une interrogation fondamentale sur l'art et l'existence à travers ce qui devient l'image de rien et de personne. La négation que l'artiste expérimente n’est donc qu’apparente. De tels « squelettes » créent de l'exprimable pur par la mise en abyme du réel.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Henri Deletra Hanna : « des humains habillés différemment. »

Deletra.jpeg.jpgHenri Deletra Hanna, « Madame Tonantzin », Act Art Genève du 3 mars au 23 mars 2017.

Face au monde occidental et ses images cadrées, aux couleurs fixes et aux règles connues claires, Henry Deletra Hanna superpose un monde onirique, kaléidoscopique qui réunit tous les éléments de l'univers sur un même plan selon une « compilation » qui tient du sandwich ou du totem. Peintures, dessins, photographies, vidéos, céramiques, quêtes chamaniques développe une recherche multiple. Chaque médium et technique change selon l'idée et le sujet que l’artiste veut aborder pour atteindre une sorte de parousie de la représentation.

Face aux images de catastrophes sous lequel le monde ploie Henri Deletra Hanna impose des images fabuleuses et absurdes riche de bien des cultures. L’artiste partage la pensée chamanique selon laquelle le cosmos et l’être ne font qu'un. L’amour que celui-ci éprouve pour ses proches l’artiste veut l’étendre au reste du monde : « si nous décidions d'étendre ces relations de respect, d’empathie et de soin ? Si nous décidions de les appliquer à l'eau, aux aliments, aux animaux, au sel ? ».

Deletra 2.jpgAprès avoir raconté « le désastre du monde » l’artiste s'intéresse à l'imbrication que les peuples primitifs proposent face aux séparations que la civilisation cartésienne a cultivé jusqu’à nous porter au bord du gouffre. Situationniste à sa manière Henri Deletra Hanna crée des pièces somptueuses et faussement kitsch. Aux œuvres pour voyeurs font place des pièces de voyance. Le tout dans une reprise et une parodie aussi grotesque que sublimée. Tout et rien du réel pour fonder un nouvel ordre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/02/2017

Giorgio Racca et ses "sœurs"


Racca 2.jpgPour Giorgio Racca montrer ne revient pas à défaire. Du moins pas en totalité. Certes la nudité peut mettre au jour ce qui fait la débauche, l’absence de vertu. Cette nudité culpabilise un peu (l’artiste est d’origine catholique romaine) mais en même temps elle sexualise le mot “ photographie. “ Tu dois regarder, regarde ” dit-elle sans pour autant que le sexe féminin soit pieuvre ou mollusque à ventouses. En exhibant la chair, Giorgio Racca ne fait qu'effleurer un surgissement volcanique La photographie devient juste une part de l’intimité ouverte : l'essentiel reste au secret.

Racca4.jpgL'artiste évite de glisser un speculum dans la tête et un couteau à dissection dans le cœur. Néanmoins l'image est tout sauf de la pensée austère. Elle ausculte, "écoute", et montre ce qui se cache pour arracher à la maladie de l'idéalité. Une autre face du monde se déploie au sein de chausse-trappes voire d'un seuil infranchissable. Le Pierrot d’amour en est comblé. Il ne peut résister. Un chemisier qui s'entrouvre fait le reste. La photographie joue à l’extrême pointe du soupir en laissant apparaître la mer où dériver comme les vastes étendues continentales où se perdre.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:15 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)