gruyeresuisse

24/02/2017

Tamina Beausoleil la Nyctalope


Tamina2.jpgTamina Beausoleil crée la « radiologie » de l’inconscient à travers pégases, ours, etc. de nos propres ténèbres. Elle lève des « couleuvres » d’une sexualité particulière. Manière d’ouvrir une nouvelle fois le corps. Mais, ici, de façon métaphorique. Exit la représentation humaine. Les jeunes filles n’auront pas besoin de fard et de rouge à joue qui maquillent les vieillesses de Goya ou de Velasquez. Une chaleur fauve monte dans le mitan de la nuit. De diurnes nous devenons nocturnes. Mais elle nous rend comme elle nyctalope : les animaux qui nous hantent nous les voyons

Tamina 3.jpgLa créatrice « image » la perte de conscience dont l’animal seul peut dessiner le lieu. Celui-ci différencie le travail du deuil de celui de la mélancolie. Il permet de reconnaître ce qui a été perdu, où le sujet se creuse, se mange du dedans. Dessiner le bestiaire qui nous habite revient à tatouer notre vide, à le "grogner". L’art se doit donc à la bête et au risque de sa féminité. Elle est dictée par la concentration d’une infinité de monstres. Elle opère la coagulation de nos fantasmes, de nos fantômes même si a priori les animaux nous affectent sous le mode de l’incompréhension sidérante.

Tamina 4.jpgL’artiste nous rappelle aussi qu’avant même et après la parole, au début comme à la fin de l'être il y a la bête. Chacune nous fait à son image : un loup, un ours, une hyène. Elles sont les étrangères qui, femmes ou hommes, nous lient au peu que nous sommes. Nos animaux créent donc l'espace qui nous sépare de nous-mêmes tout en nous rapprochant de qui nous sommes. Ils rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage.

Tamina 6.jpgIl convient d’entrer dans l’épaisseur où nous nous débattons avec eux non sans ambiguïté et hérésie. Mais préférons l’impureté du zoo qui nous habite à la caserne de notre prétendue pureté. Nos bêtes ne sont pas que des repères grammaticaux (même si l'artiste prend soin de leur adjoindre certains indices verbaux). Elles fabriquent une perspective que nous voulons ignorer. Chacun de nous, en se couchant, se couche en elles. Ecrasant la pensée elles permettent à l’inconscient de percer sa peau fuyante pour qu’apparaisse la forêt sauvage où nos fauves demeurent tapis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tamina Beausoleil, « Autour de la Source », Galerie de la Voute, Paris (à venir). Et actuellement « On ne dormira jamais » Exposition collective, même lieu.

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