gruyeresuisse

18/02/2017

Jean-Luc Cramatte : souvenirs des maisons mortes

Cramatte.jpgJean-Luc Cramatte, « Culs de Ferme », Patrick Frey, Zurich, 2017, 280 p., 70 E..

Jean-Luc Cramatte poursuit un travail original en créant une tension permanente entre tradition et évolution. Pour lui la vie véritable n’est pas dans un ailleurs. Elle est dans notre banalité ordinaire, un peu dérisoire. Pour l’illustrer l’artiste fait un inventaire de photographies paysagères en Suisse et en France. Il crée un mixage de clichés originaux et des vieilles photographies personnalisées par le pinceau et le feutre. Cramatte 3.jpgFaçonnées en séries les œuvres comblent les béances d’une mémoire collective peu intéressée par les êtres et les lieux anonymes. Mais soudain, dans de tels hors lieux, une magie fonctionne. Plus nous regardons de près les images, plus elles nous regardent. Reste cependant à tirer des bords face au vent désordonné de cette vision ironique et critique sur la ruralité ou ce qui en reste.

Cramatte2.jpgLa nostalgie n’est pas le propos du natif de Porrentruy. Ce qui l’intéresse est de chercher comment pousser ses interventions graphiques dans les fins fonds de la matérialité physique de l’image, du côté de l’abstraction mentale sans la réduire à une intellectualité de l’émotion. Sa poésie met donc les pieds dans le plat, remue le couteau dans la plaie mais elle est aussi porteuse de sens. Elle reste ouverte et riche de lieux singuliers et universels. En ce sens Jean-Luc Cramatte demeure un baroque. Le choix syntaxique ne signe pas une mise au tombeau du passé campagnard mais une résurrection et une insurrection en « feu tout flamme » de l'empêtrement dans lequel une certaine postmodernité nous attrape.


Jean-Paul Gavard-Perret

10:19 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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