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12/02/2017

Corinne Lovera Vitali : choses à faire – ou pas

Lovera.jpgCorinne Lovera Vitali est précise sur ce qu’elle attend de l’écriture : « je crois ça m’aiderait à savoir comment c’est dans moi – je crois toujours ça – qu’un jour on se trouve une ou un – un jour je me trouve une – toi – qui me dit comment c’est dans toi – (…) et que c’est ça l’amour que j’ai de l’écriture – savoir comment c’est dedans (…) – j’attends ça je n’attends que ça – le jour se lève je me lève pour ça ». A partir de ce « ça » l’auteure ne cesse de faire de son travail un passé empiété sur ce qui tient des traumatismes premiers.

Lovera 3.jpgTout dans l’œuvre navigue entre le probable et l’improbable à mesure que l’œuvre en se fragmentant se complexifie. Il y a les parents, les maitres, les garçons et le frère - ce semblable, ce contraire - dont la mère demande qu’il arrange le pantalon en lançant ses semences semonces. Mais ce n’est pas aussi simple car les voix se croisent, s’imprègnent les unes les autres entre souvenirs de mer et de mère : « ne laisse pas ta peau irriter la tienne souvenir lointain du sable ne laisse pas ton quoi tracer sous son visage son corps ».

Lovera bo, 4.jpgDès lors la confusion avance. Il y a du Bukowski, du Tchékhov et bien d’autres encore. Tout est trop dur, trop tendre. Et ce n’est pas les hommes – entendons les mâles – qui simplifient les choses. Il y a leur jouir, leur rire, leur lâcheté. Corinne Lovera Vitali leur tire les cornes et la queue ce qui permet au discours de se poursuivre. Entre sucre et ciguë. Et d’une certaine manière c’est merveilleux. Il n’y a pas que la vie qui tue. La littérature le peut.

Jean-Paul Gavard-Perret


Corinne Lovera Vitali, “ta soeur l’ocean mon frer”, Littérature mineure, Rouen, 8 E., 2017.

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