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08/02/2017

David Lapoujade : la post-vérité et la fin des « images »

 

Lapoujade.jpgDavid Lapoujade, « Les existences moindres », Editions de Minuit, Paris, 2017, 96 p., 13,50 E.

Il arrive que les philosophes dans leur dimension intemporelle saisissent au plus près l’esprit du temps. David Lapoujade en un texte majeur le prouve. A travers une expérience ontologique et à partir des exemples de Pessoa, Kafka, de Beckett (entre autres), sous l’égide d’un philosophe passé aux oubliettes (Etienne Souriau) il propose un état des lieux en renversant la problématique de l’image et du discours. La perception n’a plus force de loi. Exit les prétentions de Saint Thomas. Un nouveau logos ouvre l’ère de la post-vérité.

Lapoujade 3.pngTrump, Poutine, Fillon et tous les maîtres du temps illustrent combien un évènement n’existe plus. Il n’a plus de puissance « prérogative ». Les mots imposent sur lui l’instauration d’une force de vérité qui tire sa légitimité de son simple effet d’annonce et de déclarativité. Ce n’est pas neuf diront certains. Mais ce qui jusque là demeurait plus ou moins caché et honteux s’affiche fièrement au grand jour. L’imposture discursive suffit à consolider ce qui « doit » être entériné pour vrai.

Lapoujade bon.pngL’effet déclaratif dégagé de toute preuves tangibles crée une virtualité plus forte que celle du numérique. Tout devient possible. Surtout le pire. Souriau qui avait longtemps dirigé la « Revue d’esthétique » l’avait pressenti dès les années 30. Mais il n’a pas rencontré à son époque d’échos. Lapoujade rappelle son apport : « l’esthétique cesse de jouer un rôle secondaire ou adventice, elle n’est plus un département ou une région de la philosophie, c’est la philosophie tout entière (…) une philosophie de la philosophie ». Elle a plus que jamais un rôle à jouer pour déjouer l’abîme dans lequel l’exigence de vérité est entrain de sombrer au moment où la distinction n’est que verbale et impose son irréalité comme droit à travers ses arabesques.

Lapoujade 5.pngLapoujade rappelle qu’il ne faudrait pas confondre former et formaliser. Mais la forme même du discours impose plus que jamais sa loi à la forme du monde. Au moment où l’image semble reine le philosophe propose donc un superbe paradoxe : la discours règle le devenir de l’évènement et fait la splendeur de ceux qui par leur discours crée leur propre architectonie. Leurs symphonies verbales emballent le monde à leur guise. « Le Procès » de Kafka l’annonçait. Et il semble désormais que la messe soit dite. Au mensonge il ne manquera bientôt plus rien. Il devient justiciable d’un art supérieur, rend le monde « juste » et fait prendre à l’ontologie fondamentale un chemin de traverse selon une trilogie magique « apparaître, disparaître, réapparaître ». L’énonciatif « pur » tient force de droit et ouvre à un monde d’obscurité et de néant.


Jean-Paul Gavard-Perret

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