gruyeresuisse

16/12/2016

Corinne Borgnet : le temps qu’il fait


Borgnet.jpgIl faut se méfier des chausse-trappes que Corinne Borgnet propose au sein de ses vanités : elles changent totalement de profil par rapport à leur genre historiquement normé. L’artiste s’en amuse avec sérieux en tressant de fausses louanges à nos fétiches ou en les réduisant en « petits Mickeys ». Tout se débride se désentrave en un travail indépendant qui prouve une grande puissance de l’imaginaire là où sous la sexualité rôde une « terrariophilie ». Elle pousse autant au rire qu’à la réflexion, la méditation, la rêverie, l’amour sans que tous ces éléments soient incompatibles.

Borgnet 2.JPGSi bien que les « Ego Factory » de Corinne Borgnet n’ont rien à voir avec celles de Ben. Et son ou sa « Cure » (en hommage au groupe des 80’comme à la psychanalyse) propose une réflexion critique sur les objets, codes et genres. L’autoportrait de l’artiste est par exemple fait de deux chaussures en jachère surmontées de deux globes oculaires. Quant aux travailleuses vouées à la production de masse elles sont présentées nues, glabres, anonymes. La nudité ne suggère pas le désir mais l’effacement des corps.

 

Borgniet 3.jpgLe monde oscille entre le trash et l’enchantement. Poétique, ludique, l’œuvre est clairement politique : le corps peut s’y résumer à un « post it ». De « glamoureux » il devient spectral, « morgue-anatique ». Certes le désir existe, mais il se réduit au mieux à un gadget sex-toy. Reste néanmoins sous le pessimisme tendresse et espérance. Les femmes zombies qui sont sorties de leurs souliers de luxe peuvent ouvrir un opinant Opinel pour larguer les amarres et redevenir louves nées de l’espace. Sortant de leurs geôles bientôt elles n’auront pas besoin d’ascenseurs pour s’envoyer en l’air.

Jean-Paul Gavard-Perret

*Voir : http://www.corineborgnet.com/

 

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