gruyeresuisse

30/11/2016

L’acmé de la collection UBS



UBS.jpg« UBS Art Collection: To Art its Freedom » , Hatje Cantz, Berlin. Le livre est présenté actuellement à l’Art Basel à Miami Beach.

Avec 30000 œuvres d’art contemporain la collection UBS est une des plus importantes au monde. « UBS Art Collection: To Art its Freedom » la présente en 200 œuvres où apparaissent l’esprit de cette collection et les mouvements qui l’ont générée à travers le temps et les différents continents. Commencé au début des années 60 l’ensemble donne une vision impressionniste de toute la période contemporaine. Ce travail ne cesse de grandir et d’évoluer. La publication s’accompagne d’un historique de la collection par Mary Rozell ainsi qu’un essai de Dieter Buchhart intitulé « To Art its Freedom: A Collection as Emblem of Post-postmodern Polyphony ». Cet essai contextualise la collection à l’histoire de l’art contemporain.

UBS 3.jpgLe titre de la publication est une allusion à la citation à l'entrée du « Secession building » de Vienne : “To Every Age its Art, to Art its Freedom”. Il reflète l'esprit d’une collection qui permet de découvrir les artistes les plus importants de l’art depuis près de 60 ans. S’y côtoient Jean-Michel Basquiat, Damien Hirst, David Hockney, Martin Kippenberger, Willem de Kooning, Sol LeWitt, Robert Rauschenberg, Gerhard Richter, Cindy Sherman, Hiroshi Sugimoto, Cy Twombly etc., ainsi que les artistes émergeants du temps.

UBS 4.jpgJaillit une image palpitante de la culture contemporaine riche de ses divers mouvements. Chacun à sa manière a essayé d'offrir une solution aux problèmes de l’être en son rapport au monde comme à l’art et selon des processus capables de dominer le chaos en divers gestes salvateurs face aux des standards de représentation. La fascination des plus « magiques coagulations» (F. Bacon) s'y fait parfois attractive et parfois répulsive : mais elle attise et attire le regard par les énergies qui luttent contre l'atrophie, l'immobilisation. Ces convulsions nous forcent à voir un jamais vu sous l’écorce des apparences.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(toiles de Caroll Dunham et Janaina Tschape).

 

Les écrins à hantises d'Anfisa Dym


anfisa 1.pngPour Anfisa Dym la photographie devient le moyen de faire glisser la femme de l'ombre à la lumière. Elle approfondit le concept de féminité hors du charmant, du décoratif par des jeux formels de détournements. Ils donnent à la femme tout l’espace en faisant le vide autour d'elle.

Anfisa bon.jpgLe genre apparemment cadré du portrait est transformé en sauts, décalages et morcellements. Les femmes y « involuent », s’amusent, bottent le zig dans le zag. Mais rien ne sera totalement « donné » à l’image. Et cela au nom d’une saisie qui coupe la chique à un réalisme trop tenace.
anfisa 3.jpgLa femme semble vivre libre dans un temps pur. Elle est sauvée des eaux saumâtres de certains photographes et du regard ambigu qu’ils portant sur la féminité. Le corps parle soudain une langue libre, poétique parfois et parfois ironique. Reste l'existence dépouillée, l’éloge de son secret. Il permet l'espérance ou plutôt la présence afin d’entrer en résistance face à une image souvent instrumentalisée du corps féminin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition Anfisa Dym, Corridor Elephant, Paris, novembre-décembre 2016.

29/11/2016

Daniel Templon : de l'importance d'être constant

 

Templon bon.jpgPrivilégiant la qualité aux prurits saisonniers, indifférent aux étiquettes et classification Daniel Templon continue à proposer ce que l'art du temps possède de plus probant. L'immense corpus des "50 Years" fait le point sur un galeriste devenu complice des artistes qu'il soutient. Son travail de diffusion garde un caractère expérimental. Images, sculptures, objets matérialisent des surfaces et volumes "réfléchissants" le monde et l'époque. Et chaque année Daniel Templon ouvre le regard à de nouvelles approches. Citons par exemple le tournant des années 10. Il expose pour la première fois en Europe: Anju Dodiya dont le travail est un acte de rébellion et d'exorcisme. Elle frappe par la violence de ses thématiques et la subtilité de leur traitement et leur chorégraphie.

Casebere.jpgLa même année il expose à nouveau James Casebere, photographe des architectures minimalistes et des lieux étrangement vides et ambigus. S’appuyant sur un goût de l’architecture et des sources cinématographiques, l’artiste est revenu au mouvement « staged photography » qui fut une source de l’avant garde et dont il fit partie aux côtés de Jeff Wall et Gregory Crewdson. Citons encore le peintre américain Will Cotton qui joue à la fois sur l’assouvissement et la frustration du désir en réinterprétant les références à la peinture française du XVIIIème siècle (Fragonard et Boucher). Ses toiles sont comme des utopies et des songes où se revisite une forme de baroque avec une touche de classicisme en des paysages éthérés et des créatures féeriques parées de diadèmes de biscuit. Sous l’aspect de friandises bien des effets-mères et des pertes de re-pères jouent à fond

Templon.jpgCes trois exemples montrent l’importance d’être constant au sein d’une quasi morale esthétique. Daniel Templon peut la revendiquer avec fierté. « 50 Years » sera une référence. S’y découvrent des œuvres majeures. Et qu’importe si le lecteur a peur de ne pas toujours saisir leurs tenants et leurs aboutissements. Les corpus critiques comme l’interview préface du galeriste précisent ce qui se tisse en des images où cachent nos desseins.Templon 3.jpg Preuve que l’art lorsqu’il est probant suit l'histoire des êtres et de leur connaissance. Suit comment la masse du monde prend forme chez les artistes conséquents. Ceux qui ne se limitent pas à savoir ce que deviennent les formes mais comment et pourquoi elles deviennent formes. Et comment,en se redistribuant sans cesse, elle transforme le regard.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerie Templon, « 50 Years », Editions Templon, 960 p., 37 E., 2016.

00:28 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (1)