gruyeresuisse

28/10/2016

Jacques Henric : exercices de transgression

 

Henric 3.pngJacques Henric sait glisser la lumière d’abîme de son enfance dans les imageries héroïques de la boxe. Cela renverse les mièvreries, transcende les poncifs pour donner à la vie de l’auteur comme à l’histoire de la boxe une autre dimension. La transgression de la narration au profit de l’évocation permet au corps lui-même de devenir langage. A coups d’uppercuts, de directs au foie. Henric 2.pngAu passage Henric raconte des vies aussi héroïques que rocambolesques. Pour autant exit les « biopics ». En ce qui est peut-être son meilleur livre, Henric crée un saut vers ce qui échappa à l’enfance de Jacques comme à un sport si particulier et qui faisait dire au champion Larry Holmes « C’est dur d’être noir. Vous n’avez jamais été noir ? J’étais noir autrefois, quand j’étais pauvre ».

Henric.jpgLe récit jette le narrateur et ses héros hors d’eux-mêmes tout en faisant pénétrer ce qui secoue leur buste par fougue doublée parfois d’un désarroi étrange. Il faut donc lire aussi « Boxe» comme un conte « moral » tant il éloigne d’une stratégie narrative ordinaire. A la transgression de l’écriture répond celle d’un tel sport. Le corps devient lui-même langage. Et Henric grave ce qui est rarement émis par la littérature : l’apprentissage de la liberté d’être passe souvent pour les déclassés - faute de pouvoir s’imposer autrement sous la contrainte de la pression sociale - par le physique. Le boxeur Jean-Marc Mormek, « instigateur » et protagoniste de livre le prouve. N’était-ce pas aussi et à son degré celui du futur auteur lorsqu’il était gamin ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Henric, « Boxe », coll. Fiction et Cie, Le Seuil, 2016, 240 p.

 

Commentaires

Victor Hugo s'étonnait qu'en Angleterre, on voue un culte aux boxeurs...

Écrit par : Rémi Mogenet | 28/10/2016

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