gruyeresuisse

03/10/2016

Gorges profondes : les « Love’s vidéos » d’ASMR

 

asmr2.jpgJennifer Allen directrice d’une entreprise de cyber sécurité s’est transformée pour le fun en ASMR (aka SMRotica ou autres noms d’emprunt) afin de proposer la facticité d’une image vidéo hot dont le but est de produire une immédiateté attendue. Elle n’évacue pas tout effet de miroir mais joue surtout de la séduction. La narrativité tentatrice - au moyen de la scénarisation de celle qui se nomme « poulette » - offre un corpus d’images animées où ne demeurent que des schèmes volontairement génériques simplifiés. Un buste de femme, un plongeon sur sa gorge deviennent des dispositifs voulus comme ludiques en un « low tech » qui fait appel au « basic instinct » du voyeur.

asmr5.jpgSon projet a dépassé son espérance. Sans autre médiation que celle d'une incandescence froide et brulante que ne trouble aucun bruit si ce n’est celui de la voix de l’artiste, l'expérience anodine a priori est devenue un succès aux USA et contamine l'Europe. Le visible se dissout dans le leurre qu’il propose, mais le voyeur s’en moque. L’image construit d’une fantasmagorie proche d’une hallucination. asmr3.pngElle permet aux fantômes de sortir de leur cachette par milliers. Parfois le phallus devient un bonbon attrape-nigauds et parfois comme dans « Vegan Muk bang Eating Show *ASMR*,” l’artiste mange une salade qui ne répond pas simplement aux principes végétaliens… L’agrandissement, le grossissement de chaque vidéo (82 sont diffusés sur Instagram) exigent de la part spectateur aucun recul. Elle induit une circulation dans l’espace surchauffé où l’araignée se dresse afin de jouer avec le voyeur pris  comme une mouche dans la toile.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

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