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07/09/2016

Les Visitations de Griselidis Réal

 

Griselidis 4.jpgJehane Zouyene, « Grisélidis Réal, peintre - catalogue raisonné », Editions HumuS, Lausanne, 2016

L’histoire de l’art suisse et internationale restera redevable à Jehane Zouyene d’un superbe travail. Celui de la mise en exergue de l’œuvre plastique de Grisélidis Réal. C’est sans doute l’aspect le plus méconnu de celle qui ne put se livrer à son art que lors d’épisodes imprévus (la prison) et à quelques moments dits « perdus » mais qui ne le furent pas pour l’art. La « péripatéticienne » qui fit du stylo à bille l’outil majeur de ses œuvres et pensa pouvoir vivre de son art développa dans son œuvre le goût pour les monstres et les thèmes récurrents à son engagement : l’éros. Il devient aussi ornemental que fantastique.

Griselidis.pngL’artiste reste encore effacée sous l’activiste meneuse de la « Révolution des prostituées » à Paris avant d’importer son combat à Genève. Revendiquant le rôle social de la prostitution en tant qu’aide à la misère humaine, elle considéra son activité comme « un Art, un Humanisme et une Science » selon une éthique qu’elle résuma ainsi : « Que vaut-il mieux prostituer: son cul ou son âme? Le cul, bien entendu. C'est plus pénible physiquement, mais c'est plus propre ».

Griselidis 3.jpgCelle qui est enterrée au cimetière des Rois à Genève avec comme épitaphe «Ecrivain, peintre, prostituée » prend grâce à Jehane Zouyene une nouvelle dimension. Le corps dans l’œuvre plastique est magnifié de manière parfois mystique et fort éloignée de toute idée de faute ou de péché. Si la vie n’est souvent pour un créateur que le reste le plus perdu de son écriture et de son art, ce ne fut pas le cas pour Grisélidis Réal. Dans son œuvre de plasticienne elle consomme les extases d'un éternel retour. Et rien ne définit mieux ce travail plastique que le mot Visitation d’un corps qui retrouve une majesté dolente et royale à la fois.

griselidis 5.pngIl devient une suite d’autoportraits dans une paradoxale opération d’amour qui porte jusqu’à la transparence l’expression d’une mémoire à travers le bouquet des formes et des couleurs. La femme y prend la place de Dieu. Elle sert d’appel non sans humour à la tendresse afin de tempérer les convulsions de la vie en l’approche de l'unité qui associe la Femme au cosmos au sein d’une mélancolie chargée d'émotions archaïques de toute une histoire de l’art (en particulier germanique) ferment d'une douleur et d’une rêverie inépuisables.

Jean-Paul Gavard-Perret

Commentaires

Merci de cet hommage artistique à une grande dame de l'Art. Les hommes et les femmes bien trop honnêtes pour réfléchir plus loin que le bout de leurs lorgnettes et qui l'on démolit ne savent pas la richesse humaine et spirituelle de cette grande dame. Paix à son âme et honneur à son art qui fait parti des meilleurs de notre pays.

Écrit par : pachakmac | 08/09/2016

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