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31/08/2016

La carte et le territoire : Delphine Renault

 

Renault D 4.jpgDelphine Renault, Degré Zéro, Art En île, Hall Nord, 7 septembre au 1er octobre 2016. Vernissage le 6 à 18 heures.


Delphine Renault n’a cesse d’interroger la manière dont le paysage se construit dans ses représentations. Elle explore aussi la manière dont l’être habite son espace et le transforme physiquement et symboliquement. Deux monolithes évoquent par leur forme et leur matière (le granite) les deux Pierres du Niton de la Rade genevoise. La plus petite a d’ailleurs été utilisée comme point initial (donc zéro) de la première représentation exacte du territoire suisse. Celui de la carte Dufour élaborée de 1845 à 1864. Cette pierre est donc à l’origine de la carte, elle est son point d’origine et a permis de déterminer les altitudes des sommets qui constituent le paysage suisse.

Renault D 2.jpgL’artiste crée un rapport entre le site et le lieu de l’exposition en introduisant une transposition de signes et de métaphores pour construire les émergences et étendues d’un lieu. Dans ce jeu de construction sous l’apparente simplicité minimaliste s’instruit un système de combinaisons formelles et conceptuelles propres à de solliciter l’imaginaire et la réflexion des visiteurs. Le degré zéro devient l’interface où un système de coordonnées abstraites de la carte prend pied dans le concret. Il représente le point où une image mentale se compose afin de dresser une matérialité du paysage. Pour parler comme Houellebecq la carte devient le territoire. Le métrage et le paramétrage permet une première préhension de l’espace, le point d’ouverture qui engendre les lieux au nom d’une norme.

Renault D. 1.jpgL’art devient un système de repère face à l’abyme et les hauteurs du monde. Il prouve que le réel et « son contraire » (sa mentalisation cartographique) sont « vrais » tous les deux et que le second n’est pas « le contrepoison » (comme écrivait Beckett dans « Mal vu, Mal dit ») du premier . Celui-ci devient contrôlable formellement. L’œuvre de Delphine Renault en suggère les convulsions de manière minimaliste. Elle montre comment le chaos dans lequel le réel est plongé devient lisible par des anamorphoses de l'Imaginaire et peut exister sous forme stable. L’artiste prouve que forme et chaos restent distincts. Il suffit de trouver une forme qui exprime un ordre et ouvre à un "Comment c'est". L’art devient la création qui remplace les lignes fondamentales sans chercher à en faire une image allégorique : "honni soit qui symbole y voit" aurait pu ajouter Beckett.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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