gruyeresuisse

23/08/2016

Le minimalisme ironique de René Zach

 

zach.jpgRené Zäch, « passepartouts », Galerie Mark Muller, Zurich, 27 aout - 25 octobre2016.

René Zach reste un des plus étonnants minimalistes. Refusant le vaquer en pays conquis il bifurque vers l'absence de rapport et dans l'absence des objets du moins en leur capacité utilitaire. Clouant le bel à l’impressionnisme par ses opérations réductrices l’artiste propose une accession à un point que Beckett rêve d'atteindre. L’œuvre possède le mérite rare de ne pas conférer de stabilité "concrète" elle est, à l'inverse, hantée par la difficulté d'obtenir quelque chose de solide. L’artiste reste donc un des rares à rechercher la représentation de l'impossibilité et les situations graphiques sans issue pour éviter la tentation nostalgique d'avoir été sous un ciel inoubliable.

Zach2.pngZack 3.pngLa figuration de l'infigurable se fait néanmoins selon une ironie et dans le "blanchissement" cher à la rhétorique poétique. Il s’agit de faire reculer sans cesse l’idée que l'objet de la représentation résiste toujours à la représentation. Zack désapprend à voir pour que l'invisible apparaisse et pour arracher du visible quand le visible s'arrache à nous. Reste toutefois une ambiguïté capitale que rappelle Michaux dans "Origine de la peinture" lorsqu’il déclare :"Ainsi fut établi parmi les hommes combien l'image des choses est délectable". Et chez l’artiste c’est bien ce qui se passe. Faisant le vide son œuvre n’a pas fonction de disparaître. Mais c’est là toute sa force paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:08 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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