gruyeresuisse

14/08/2016

Boris Wolowiec l’espion dormant

 

 

AAAAWolowiec.jpgBoris Wolowiec métamorphose l’aphorisme. Sa forme resserrée peut n’être qu’une coquetterie de la pensée : l’auteur, la démaquille, la « siamoise » par tout un jeu de reprises et de modulations. La raison sort d’un simple dualisme vrai/faux. Un tel créateur ne pense et n’écrit jamais par idées distinctes et simples mais par un feuilletage progressif fondé sur l’exactitude et l’épaisseur du sentiment. Il faut son tribunal de nécessaire déraison sans quoi tout jugement rationnel n’est qu’une vue de l’esprit, une quintessence sans abrasifs.

Boris Wolowiec pratique le « jeu » de l’écriture. Ce jeu est le plus sérieux qui soit. Il agit par effet de glissements et de dérapages contrôlés afin d’atteindre la cible de l’objet humain, de l’être dans le temps. L’équilibre du texte tient d’un mouvement d’avancée par reptations lentes de successions d’assertions à l’intérieur du visible. Demeure dans l’œuvre une forme de lucidité irrationnelle propre à l’espion dormant.

D’où cette écriture âpre plus que brillante. Elle cherche la vigilance, le sombre là même où la clarté semble acquise. L’auteur tord la logique « classique » du discours afin qu’elle se mette à tourner non jusqu’au vertige mais jusqu’au moment où les données sont pour un temps épuisé. Liberté est laissée au discours de se poursuivre plus tard vers un nouveau pas au-delà quand la nécessité se fera sentir. Dans l’alliance de l’imaginaire et du réel demeure en effet toujours un « croire voir » (Beckett) qu’il s’agit de sonder. Sauf à penser sur place ce qui n’est pas dans l’ambition du poète aussi lucide qu’habité. Il y a du Rimbaud en lui mais aussi de Spinoza dans sa recherche de la clé du « esse percipi » - être c’est percevoir ». Les règles sont plus complexes que le commun des penseurs (ignorant de la raison impure comme des impuretés de la raison) l’estiment.

Jean-Paul Gavard-Perret

17:08 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

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