gruyeresuisse

06/08/2016

La « pastorale américaine » selon Bruce Wodder

AAABruceWodder.jpegPhilip Roth avait donné à Newark certaines lettres de noblesse. La ville a bien changé. Elle est devenue un des territoires où les pauvres - désormais chassés de Manhattan - trouvent refuge. Pour souligner cet état de choses Bruce Wodder a choisi de faire découvrir la personnalité de la ville non en plein jour mais de nuit. La ville du New Jersey une fois le soleil couché se transforme en de multiples nuances de gris. Elles donnent aux photos un aspect de film noir habité d’ombre. Elles accentuent la misère ornementale de la ville devenue le lieu fourre-tout de la mégalopole.

AAAbrucewader3.jpgSurgit un lieu frontière éloigné de l'exhibition capitaliste mondialisée. Du « paysage » il n'est alors plus question. Il est biffé de la carte de Newark. Non seulement le décor a changé : il a disparu. C’est d'ailleurs une forme ordinaire de pseudo préservation des villes mondes que de créer de telles zones. S’y joue la question d’un enlisement et d'une défaite : l'être contraint et forcé y patauge et suit un rituel aussi nocturne que celui des photos. En absence d'horizon tout ressemble à un vide. Mais Wodder sait lui accorder une valeur de « tableaux » américains comparables à ceux - parisiens - de Baudelaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bruce Wodder, « Newark After Dark », Soho Gallery, New York du 17 septembre au 1er octobre 2016.

 

17:51 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

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