gruyeresuisse

02/08/2016

Maël Baussand : « sweetest taboo »


Baussand2.jpgPour peu Maël Baussand serait classée, à cause de certaines des ses images, parmi les hystériques ou les sorcières. Elle revendique facilement ce mot (il fut le titre d’une des premières revues résolument féministes francophones). L’artiste - au même titre qu’Aphrodite Fur - fait scandale en montrant les organes féminins au moment des menstruations et ce en très gros plans. Cela choque et gène non seulement les hommes mais aussi les femmes qui ne veulent se reconnaître dans leur fluide corporel.

Baussand 3.jpgLaisser apparaître le flot reste donc un tabou que l’artiste lève. Au corps féminin « tamponné », sec et propre elle préfère ce qui est considéré comme sale voire détritique et qui coule à travers les poils pubiens au moment où eux aussi sont exclus de la représentation « socialisée ». Aujourd’hui L’Origine du monde du monde serait épilée pour être performative… Mais l’artiste prouve que la vision la plus crue ne peut se produire qu’au prix d’une défamiliarisation par rapport aux catégories cognitives. Lorsque la préfiguration attendue du sexe est transformée en ob-scène surgissentt non une défiguration mais une dilatation et un vol en éclat des paradigmes de ressemblance.

Baussand4.jpgL’artiste a repris le mot « dentelle »pour cette série. Manière d’ironiser son propos : la dentelle ici ne recouvre pas mais exhibe. Mais il ne s’agit pas de provocation. Comme elle l’écrit, il s’agit de témoigner « d’une grande tendresse pour l’objet-limite que demeure le sang menstruel, et pour la gestion émouvante de ses écoulements. Cette série est mon enfant mal-aimé ou bâtard, rejeté et harcelé, pour lequel je me sens un faible particulier, des dispositions spécifiques ». De quoi bien sûr faire lever des cris dans les chaumières. Ou plutôt non : la critique d’art préfère taire et occulter de telles images moins par pudeur que par gène. Et l’artiste d’ajouter « la féminité, dans toutes ses acceptations, semble constamment être un problème, comme si être femme était une indisposition naturelle ». Maël Baussand prouve le contraire. Qu’importe celles et ceux qui en perdent leurs repères.

Jean-Paul Gavard-Perret

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