gruyeresuisse

21/07/2016

Les couples d’Agneta Sofiadotter

 


Agneta2.pngAgneta Sofiadotter met le feu au dessin par effet de froideur. Dessinant souvent sur plexiglas et induisant ses traits de plages claires - qui ne peuvent « boire » les contours mais au contraire les souligner - l’artiste invente au besoin une pilosité animale pour les ours qui tentent de séduire ses « poupées ». Elle transforme formes, cellulite, rides, poils et sexe pour dissocier l'image du sexe « fonction » du sexe « organe ». L’image de la nudité est métamorphosée : à sa crudité basique est préférée une dépossession et une reprise singulières.

Agneta.pngLe dessin abolit le mur qui sépare la femme et le mâle comme les animaux de leurs "images". Nous sommes éloignés du côté "stimuli-réponse" que propose la pornographie et son poncif qui, selon Baudelaire, est "un abus de mémoire...plutôt une mémoire de la main qu'une mémoire du cerveau". Surgissent des corps en ordre de marche ou figés afin de créer moins des narrations que des (im)postures. La froideur et la rigidité comme la souplesse et la densité soulignent la présence de l’individu, sa résistance. Il existe dans l’image la plus nue, la plus simple - donc la plus compliquée - une force d'érosion sociale et morale.

Agneta 4.jpgTout est monté en forme non de philosophie (dans le boudoir ou en pleine nature) mais de jeu. Il faut sans doute un beau courage à l'artiste pour oser un tel travail. Il n'illustre pas une thèse. Il fait mieux : la sexualité devient autre, son sens est multiplié, non homogène, métaphorique.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Voir le site de l’artiste.

10:31 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

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