gruyeresuisse

20/07/2016

Naomi del Vecchio : les mains dans la pâte des mots


STEPHANE.jpgNaomi del Vecchio, « Des pieds et des mains et comment s’en servir » , 96 pages, coll. Pacific, art&fiction Lausanne, CHF 27 / € 20

 

 

 

 

Del vecchio 3.pngNaomi Del Vecchio s’inscrit dans l’esprit des œuvres de la sémiologue intempestive Fabienne Radi. Les recherches de la Genevoise se fondent sur de savoureuses tentatives de classement poussées parfois jusqu’à l’absurde, la confusion des genres, la percussion du logos avec le réel. Elle développe le lien entre mots, dessins et objets et se penche sur les questions de la nomenclature, de la définition en restant fidèle aux normes mais ouverte aux intrus : à travers eux le quotidien et la logique basculent vers le « monstre ». Son livre en est l’exemple. Il est le fruit de l'exploration des unités de mesure utilisées avant le système métrique : le pied, la main, le pouce, la coudée, etc. Evaluer l'espace avec le corps renvoie à des expressions liées à lui en jouant du sens propre ou figuré. Et ce, en tirant sur l’élastique des associations d'idées dans un ping-pong verbal au moment même où le dessin offre un espace tiers : les mots trouvent un autre développement surréaliste.

 

Del Vecchio.pngAvoir pied, faire le premier ou un faux pas, savoir sur le bout des doigts, sauter à pieds joints, etc., toutes ces expressions permettent un vagabondage roboratif qui manquait jusque là à la langue française. Partant de l’idée que « Le monde est tout ce qui a lieu » (Wittgenstein) l’artiste ajoute que l’état des choses est un listing dont la possibilité de structure n’épuise le réel qu’en s’affolant. D’où l’importance de l’art. Il reste la riposte a-logique aux limites de la logique. En s’opposant à un simple “voir-comme” et à une vision simple de la réalité, l’art introduit la notion d’immixtion et d’outrepassement ». Bref, il ouvre un accès privilégié aux relations internes non seulement entre les objets mais les mots : ils sont censés représenter les premiers mais ici ils font mieux : il les « re-présentent ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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