gruyeresuisse

21/06/2016

Hygiène du poème - Mathias Lair



LAIR BON.pngMathias Lair rappelle - entre autres- combien sous « le fumet de la poésie » se cache « l’odeur infecte de la restriction morale ». Le genre est donc souvent un pare fumet. Il refuse aussi à faire respirer le vivant au nom de nostalgie et autres plaisanteries du même acabit. Sa syntaxe et son « caveaubulaire » (Prigent) ne sont qu’une peau, un écran, une impasse.

L’auteur s’insurge contre des jeux de surface où la cécité fait masse. Le genre reste pris dans les « idéaux religieux du surgénérateur phallique ». Peu à peu cette proposition est remplacée parfois par son parfait contraire (« ce qui reliait, faisait religion, évanoui dans la fumée des bûchers et des crématoires ») : il est aussi inopérant.

Lair 2.jpgLe souci impérieux de la recherche d’une image la plus sourde ne doit pas se confondre avec la fausse simplicité d’un brave désir de fraternité sous prétexte de partage. La démarche de la « vraie » simplicité est d’un autre ordre. Ce que Mallarmé nomma « la crise de vers » est le moyen, loin des vieux plumages, d’atteindre non la chose mais la « choséïté » (Beckett).

Mathias Lair s’élève donc contre la propension à voir des poètes partout et à considérer la poésie comme une excrétion nécessaire. Trop de pseudo poètes ne proposent que l’examen de leurs selles. Il rappelle que la poésie n’est pas un égout de la langue et qu’ un poème est vrai lorsqu’il se dégage des gaines de sécurité verbale pour oser le haut voltage : le sens secoue là où les mots comme chez Beckett osent le quasi silence pour se faire entendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mathias Lair, « Il y a la poésie », Editions Isabelle Sauvage, 164 p., 17 E., 2016.

17:25 Publié dans Lettres, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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